
Samedi matin, après quelques heures de sommeil, direction les boutiques de champis. C’est drôlement plus simple d’aller se servir dans des frigos que de les ramasser dans les
champs, avec des vaches vous foncent dessus toutes les 5 minutes.
Moi je dis qu’ils ont de la chance en Hollande.
Le monsieur de la boutique me demande si je connais et si j’en ai déjà pris. Je dis oui, et là il semble rassuré pour moi et me tend la carte des effets de chaque marque de
champis.
Finalement, je prends une boite de « Golden Teacher », et le monsieur me félicite en me disant « Excellent Choice ! They are really good ! » ensuite, il nous met en garde en nous disant que quand
même, si ça va pas trop bien, on doit prendre un petit chocolat et tout ira mieux, de puis de toute façon, on en a pour 3 heures tout au plus.
Nous prenons en plus des champis des feuilles parfumées à la noix de coco et à la fraise, une boite à cocaïne neuve pour Jean-Patrick, des pilules aphrodisiaques et un mini-gode vibrant de poche
pour ma belle-sœur (celle qui est coincée du Q et qui m’aime pas) et on s’en va, direction le Burger King d’à côté pour manger des muffins au chocolat aux Golden Teacher.
A 11h30 du matin. Oui. En même temps, quand j’allais en cours, je les prenais à 7h30...
Vous voulez voir la photo du
Muffin avec des champi plantés dedans comme des bougies????? Non... je ne vous la montrerai pas...
(photo sur demande uniquement, voilà)
En sortant du Burger King, on décide d’aller visiter le musée Van Gogh.
J’aime pas trop Van Gogh à la base, et pour tout dire, je trouve même ça carrément chiant, moche et nase.
Ouais, j'ai peut-être pas de goût, mais moi au moins, je porte pas de vernis à ongle orange, des robes boules et des imprimés panthère...
Cependant, aller voir les toiles d’un mec malade en étant soi même dans un état pas très net, ça pouvait devenir la franche rigolade.
Dejà, en marchant vers le musée, je me sentais bizarre. Un peu. Mais sans plus. J’ai pensé :
«Mais ils sont minables ces champis ! Ils font que dalle comme effet! »
Que n’avais-je dit.... !!!
Arrivés au Musée, y’a du monde partout. Plein. Enfin il me semble.
Merde... en plus, je suis un peu agoraphobe dans ces cas là... Bon c’est pas grave, tout le monde a l’air défoncé dans ce musée toute façon. Non mais c'est vrai, y'en a aucun qui a l'air net ici.
Sauf peut être les vieux. Et encore...
Je marche au radar, j’arrive à peine à lire ce qui est écrit à côté des tableaux, je me concentre pour sembler le plus normal possible, j’évite de regarder les gens pour ne pas
trop me marrer, et je commence à trouver que certains cadres bougent quand je les fixe trop ou que certains sont drôlement en relief... Jean-Patrick me confirme que rien ne bouge et que les
tableaux ne sont pas en 3D. Bizarre. Pourtant on dirait...
J’essaie de me tenir un peu pour ne pas éclater de rire à chaque fois que je constate des fait paranormaux pendant que Jean-Patrick commente les tableaux en disant n’importe quoi.
Au bout d’une heure, on a fait le tour de l’exposition, et je suggère à Jean-Patrick qu’on se sauve vite d’ici parce que là « c’est plus possible ».
On part en courant, et arrivés dans le parc en face du Musée, je me sens de plus en plus bizarre. Je crois qu’on a marché à travers le parc, et à un moment, j’ai dit :
« Mais j’en ai marre de marcher, on prend un tramway ou un bus ?
- Oui, mais lequel ?
- N’importe lequel, on s’en fout. On pourrait faire le tour de la ville comme dans le petit train de Disneyland ? Toute façon y’a des plans. Ah oui mais moi je sais pas lire un plan toute
façon... surtout là... bon ben je sais pas, on y va quand même. Toute façon, là je suis dans un drôle d’état... »
Au bout de 10 minutes (ou plus) on se dirige vers la station de tram. On a mis du temps à prendre une décision en fait...
Là je sens que j’ai toujours envie de rire, et Jean-Patrick en rajoute en me disant :
« Regarde, en face, y’a un mec qui vient d’acheter une boite de clés de 12. »
Je le regarde, et là j’explose de rire. Parce que les clés de 12, c’est un truc qui m’a toujours fait marrer, et me demandez pas pourquoi, c’est contextuel, c’est tout.
« Mais ils sont bizarres les vélos ici, non ?
- Oui, ils sont bizarres.
- Et y’en a beaucoup aussi non ?
- Oui, y’en a beaucoup.
- Et le tram il arrive pas ?
- Si, le voilà. »
On monte dans le tram, et là, nous traversons Disneyland.
Les maisons ici ont la même couleur que les Oreos ou les bavaroises à la fraise, les petits bateaux sur les canaux, le château de la Belle au Bois Dormant... Alexiane aurait été là, elle aurait
pu dire :
« Et oukisson Mickey ???? »
Et HOOOO !!!!!!! On passe dans une rue où y’a plein de boutiques de fringues !!!! Sûrement là où Caroline a fait son shopping quand elle est allée à Amsterdam l’autre jour et qu’elle a
indiqué trop plein d’adresses de boutiques haïpe !!!! JE VEUX Y ALLLEEER !!!!!!!
Nan je déconne. Même sous champi, faut pas pousser non plus hein. J’achèterai jamais de Low Boots et de robe à plastron, ni même de mini jupe à bretelles.
Junkie peut-être, mais encore un peu lucide tout de même !
Toute façon, je ne suis pas en état de faire du shopping. Je peux parler à personne.
Au bout de 5 minutes, j’en peux plus d’être dans le tram, alors on sort.
Et là... je sais pas ce qui s’est passé, mais j’ai complètement basculé: DANS LA 4ÈME DIMENSION.
J’ai rien compris. Ha si : je suis dans un monde parallèle, j’en ai conscience, mais je sais pas comment on fait pour en sortir.
Je dis à Jean-Patrick : « ça va pas du tout là, ça va pas du tout... je suis pas dans un état normal là... il est quelle heure ???? »
On marche. Enfin, on essaie... parce que je m’arrête tous les 10 mètres et je scotche sur un truc. Et je pose des tas de questions. Débiles. Mais ça fait bien marrer Jean-Patrick.
« Mais... on est vraiment dans une VRAIE ville là ? et c’est des VRAIS gens sinon ? T'es sûr? Je veux dire, ils habitent là et tout ça ou c’est comme à Disneyland, ensuite ils
ont une maison ailleurs ? Mais ON EST Où ????????
- Oui Spike, c’est une VRAIE ville, et les gens sont NORMAUX, enfin pas tous, mais une bonne partie, et les gens ils habitent là pour de vrai aussi. Et il est 14h30. Et nous sommes à Amsterdam.
Tu te rappelles? On est arrivé hier...
- 14H30 ?????? Mais... mais... MAIS J’AI ATTERRI DANS UN MONDE PARALLÈLE ET JE SAIS PAS COMMENT JE VAIS FAIRE POUR EN SORTIR !!!!!
- Non mais là, t’as mangé trop de champis je crois... mais ça va se calmer... enfin moi ça va à peu près...
- NON MAIS TOI T’ES NORMAL PAR RAPPORT À MOI !!! ET POURTANT TOI AUSSI T’EN AS MANGÉ !!!!! Moi je comprends rien du tout !!! Et ça s’arrête pas !!!! C'EST MÊME DE PIRE EN PIRE!!!! Tu crois que je
vais rester comme ça tout le temps ? Et on est où d'abord???? Chui sûre qu'on est perdu!!!!!!
- Ecoute, déjà, je crois que t’as mangé les champis les plus gros , ou que t’es tombé sur un genre de «Golden Ticket », LE champignon magique, avec LE truc qui fait que t’es complètement paumée
là. Et non tu vas pas rester comme ça, t’inquiètes pas. Et on est pas perdu non. Enfin toi oui. Mais en vrai, non.
- T’es sûr ?
- Oui chui sûr.
- Tu crois ????
- Oui je suis certain. Allez viens, on bouge. Enfin si tu peux.»
Et moi dans ma tête, je repensais à mon copain Olivier qui est resté bloqué après avoir bouffé des acides, et il venait d’avoir 18 ans, il était beau comme un enfant, et
ensuite, on l’a mis dans un HP et il en est jamais ressorti.
Enfin si, mais complètement anormal. Et énorme parce qu’il était sous cortisone. L’horreur quoi.
Et je me disais : « Mais pourquoi je comprends rien, et plus ça va, plus c’est pire ? » Et en même temps, je trouvais ça drôle, et je me suis dit que si tout le monde était
sous champi tout le temps, ce serait vraiment excellent comme situation!
Et Jean-Patrick, il allait mieux, et moi je n’arrêtais pas de dire que ça ne s’arrêtait pas pour moi, et que j’allais rester coincée dans mon monde !
Ensuite, on a fait une halte près d’un canal, parce que je pouvais plus rentrer dans aucun magasin. Parce que je vous rappelle que je ne pouvais parler à personne. Et près du
canal, je continuais de raconter n’importe quoi à Jean-Patrick, mais le pire, c’est que ça me faisait marrer en plus!
A un moment, j’ai dit :
« Mais tu sais que j’ai une soirée jeudi soir ! Ce truc... tu sais ... la "WiiFille Party"... Avec les copines et plein d’autres connasses ! Et si jamais je suis encore dans
cet état là, mais je pourrai pas y aller ! Ou alors si, je pourrai y aller, mais je vais dire n’importe quoi à n’importe qui ! Surtout si je rencontre trop de pétasses, je vais juste être bonne à
me moquer ! Non, je vais pas pouvoir y aller, ça va être trop le souk si je sais pas me tenir !
Hey y’a pas mon téléphone qui a sonné là ? Attends. »
Je prends mon téléphone, qui manque 3 fois de tomber dans l’eau, et Jean-Patrick me dit :
« Ha si, y’a quelqu’un qui a cherché à t’appeler là. »
Et là je fais :
« MAIS QUI A VOULU M’APPELER ? MAIS C’EST PAS POSSIBLE QU’ON M’APPELLE MAINTENANT! Toute façon je peux parler à personne là ! C’est pas possible ! C’est pas possible ! Mais c’était qui??????
- Mais c’est pas grave, tu réponds pas. Toute façon, on sait pas qui t’a appelé, ça marche pas.
- Et tu crois que c’est Sonia qui a voulu m’appeler ? Mais pourquoi elle m’appellerait toute façon ? Ou quelqu’un d’autre ? Mais je suis dans la 4ème dimension !!!! Et tu crois que ça va
s’arrêter? T’es sûr ?
Et il est quelle heure d’abord ? Le monsieur de la boutique il a dit que ça durait 3 h, et sur moi ça continue!!!! ÇA S’ARRÊTERA JAMAIS !!!!!! Si ça se trouve je vais rester bloquée dans mon
monde parallèle pour toujours !!!!!????»
1h après, toujours pareil. Sauf qu’on avait réussi à faire 500 mètres, ou plus, je sais plus, je ne voulais aller nulle part, de toute façon, je ne savais pas du tout où
j’étais. Et je ne comprenais rien du tout. Mais c’était super drôle.
J’étais en panique dans ma tête, et en même temps, je trouvais ça génial de pouvoir être à la fois consciente et pas consciente de ce qui se passait autour de moi. Ça faisait comme si je rêvais,
que je savais que je rêvais, mais que je n’arrivais pas à me réveiller, sauf que j’étais dans la réalité. Complètement terrible comme sensation en fait.
2h après, toujours pareil, en pire. Et ça faisait plus de 3h que j’avais mangé les Golden Teacher.
« Jean-Patrick ça va pas du tout ! Tu crois que je vais redevenir normale ?
- Mais oui, tu vas redevenir normale...
- Tu crois ?
- Mais oui...
- OUI MAIS T’ES SÛR ??????
- Oui chui sûr.. !!!!!!
- Et mon téléphone, il a sonné ! Et qui m’a appelé ???? MAIS QUI PEUT M’APPELER DE TOUTE FAçON??? PERSONNE !!!!!
- Non Spike, regarde, y’a personne qui t’a appelé : Sonia elle a pas appelé, Loreleï non plus, et Mr Méchant non plus...
- Mr Méchant ? Mais c’est qui Mr Méchant ? Il est dans mon autre monde parallèle lui !!!? Pas celui ci!
Rho mais je comprends rien ! Et pourquoi il m’appellerait lui d’abord, hein ? hein ? Et puis t’imagines si je reste bloquée comme ça, mais je pourrai plus jamais voir personne ? Ou alors il
faudra que tout le monde prenne des champis !
Et on est où ? Et quelle heure il est là ? Tu veux pas qu’on retourne acheter des champis ?
- Dans l’état où t’es ? Ben je crois que t’as eu ta dose non ?
- Ha tu crois ? T’es sûr ? Et tu penses que je vais redevenir comme avant ou pas ? »
J’étais tellement perdue - et ça faisait plus de 5h que ça durait - que Jean-Patrick a dû me ramener à l’hôtel parce qu’il ne savait plus quoi faire. Le coup du petit chocolat
pour arrêter les effets n’a rien fait sur moi, et puis je crois que j’étais épuisée tellement j'étais prise de crises de fous rires et j’avais marché. (note pour plus tard: ne pas mettre de
talons quand on a pris des champis et qu’on est à Amsterdam ou ailleurs).
Moi je ne savais toujours pas où on était, qui j'étais, où on allait, ce que je faisais là, j’étais définitivement bloquée dans la 4ème dimension... et le pire, c’est que je
n’étais pas sûre de vouloir en sortir ! J'étais bien là!
Arrivés à l’hôtel, j’ai pris un bain, j'ai réussi à ne pas me noyer dedans, et une demie heure après, ça allait mieux. J’ai arrêté de poser des questions idiotes à Jean-Patrick, et on était mort
de rire.
Du coup, comme on était re-super en forme (enfin pas trop quand même, parce que ça bouffe une énergie folle ces trucs là) et bien on a remis ça le soir. Avec des Hawaïans.
Parce qu’on a trouvé ça rock’n’roll. Mais le soir, ça m’a pas fait le même effet que la journée. En même temps il valait mieux, parce que je crois que j’étais insupportable... Et le dimanche,
allez hop! Pareil.
Vous comprenez pourquoi je suis si fatiguée maintenant? ça épuise ces trucs là... la drogue, c'est mal.
En même temps, c'est pas vraiment de la drogue ça hein? C'est plutôt même bio comme truc non?
Bref, la journée de samedi était complètement cinglée, j’ai expérimenté pendant 5 heures la vie dans un monde parallèle éveillée, et c’est plutôt intéressant comme expérience.
Ouais même que j’ai pas honte de le dire.
J’ ai ensuite dit à Jean-Patrick que j’avais des achats à faire le dimanche, et avant de repartir, on a fait le plein de tout.
J’ ai acheté de quoi faire pousser mes Golden Teacher dans ma ma cave, qui est devenue maintenant une vraie champignonnière.
Et c’est donc chargés de provisions que nous sommes retournés à Paris.
Au moment de passer la douane, on nous a demandé si on avait des choses à déclarer.
Bien entendu, j'ai dit non. Je ne tenais pas à ce qu’ils me confisquent les champis, les boites à culture, la coke, les graines, les 500g de Skunk et les 300g de Black Bombay qu’on avait sur
nous, non mais sans blague !
Sur l’étiquette de ma boîte de Golden Teacher, il est écrit:
« Faites pousser en 2 semaines 1 kilo de Golden Teacher ».
Bon... alors rendez-vous dans 2 ou 3 semaines : les filles, j’organise un goûter Alice au Pays des Merveilles : mettez votre plus belle robe, et un nœud Neu dans les cheveux, apportez votre mec,
votre chat ou les deux, on ira chez Ladurée ou au Jardin des Tuileries et ça va être trop bien.
Et si vous voulez, on écrira en même temps nos articles pour nos blog sous champi. Voilà.

Vous la trouvez pas Rock'n'Roll mon Alice là? Et puis une Alice brune, c'est super moins nase qu'une Alice blonde.
A mon avis.
Et si y'a des Alice blondes qui me lisent, elles peuvent m'attaquer en justice pour diffamation si elles ont rien d'autre à faire de leur vie. ça pourrait éventuellement les occuper.
Je suis bien plus crevée qu’avant que je parte en
week-end avec Jean-Patrick.
Je pense qu’un week-end en Thalasso aurait été plus calme... D’ailleurs, il va falloir au moins 10 jours pour m’en remettre je pense.
Donc Amsterdam est une très jolie ville en effet, j’aimerais vous dire qu’on a visité des tas de choses, qu’on a fait du tourisme très culturel et tout ça, mais pas du
tout.
On s’est plutôt fait un week-end « Las Vegas Parano » et ça a complètement dégénéré, je ne sais pas si j’ai le droit de vous raconter toute la vérité ici... d’ailleurs je ne vais pas le
faire.
D’ailleurs j’invente.
Vendredi soir, Jean-Patrick m’a emmenée dans le centre de la ville, et on a fait la tournée des magasins et dit bonjour à toutes les dames qui nous faisaient coucou dans leur
vitrine. Elles sont sympas, elles disent bonjour à tout le monde.
J’ai trouvé des idées cadeaux pour les copines, par exemple, pour Alexiane qui est une femme du monde, y'avait ça:

Et puis quand j’ai vu ça, j’ai pensé à Sonia.

Sauf que celui là n’était pas à vendre... tant pis.
Sinon pour les gourmandes, y’a ça :

Et pour calmer un sale gosse hyperactif qui devrait être sous ritaline depuis qu’il est né, et que j’ai envie de gifler chaque fois que je le vois parce qu’il me stresse trop à
bouger et crier partout sans jamais rien écouter, j’ai acheté quelques sucettes. Je lui en donnerai en cachette quand ses parents auront le dos tourné. (c’est pas que j’aime pas les gosses,
j’aime juste pas CELUI LÀ en particulier, c’est tout.)

Ensuite, comme il faisait un peu froid, on a décidé d’aller dans un coffee-shop, mais comme je n’aime pas le café, Jean-Patrick a commandé 2 grammes de Libanais Rouge à la
place et moi 2 canettes de Red-Bull parce que j’étais un peu crevée.
Effarée, j’ai dit :
« Mais Jean-Patrick ! Qu’est ce que c’est que ça ? TU TE DROGUES !!!!
- Ben oui ça arrive. Comme tout le monde d’ailleurs. Bon allez, arrête de faire ta connasse, tu vas quand même pas me faire croire que hein... »
J’ai fait : « Ouais t’as raison, mais c’était juste histoire de faire ma pétasse. Allez, tais toi et roule. »
6 joints plus tard, Jean-Patrick n’était plus dans un état très normal, et moi non plus d’ailleurs. Comme on était un peu éteint, on a trouvé quelques grammes de coke pour se
déboucher le nez, que j'avais bouché à cause du froid, histoire de repartir de plus belle, parce que bon, fumer c’est bien, mais moi ça me fait dormir.
En rentrant à l’hôtel, j’ai dit à Jean-Patrick que le samedi, je voulais me faire une journée « Alice au Pays des Merveilles ».
« Une journée « Alice au Pays des Merveilles » ? tu veux copier Caroline Journalière c’est ça ? allez, avoue... t’as vu qu’elle faisait des goûters avec ses copines, déguisées
en Alice avec des robes débiles, et où elles apportaient leur chat et des macarons, et toi tu veux faire pareil ?
- Pppfff... tu rigoles ou quoi ? Caroline n’a rien compris au livre. Et leurs goûters stupides, tu trouves que c’est rock’n’roll ???? C’est complètement neuneu ouais !
D’ailleurs, je pense qu’elle n’a vu que le film idiot de Walt Disney ; Alice au pays des Merveilles, c’est pas juste une petite fille blonde qui part dans un monde imaginaire etc...etc... sauf si
tu le prends au 1er degré bien sûr... la vérité, c’est que Lewis Caroll, quand il a dû écrire ce livre là et la suite, « De l’autre côté du miroir », il devait être complètement shooté à je
sais pas quoi !
Pardon, mais le chat de Cheshire qui sourit, il se marre bêtement juste parce qu’il est défoncé ! Et ces trucs sans queue ni tête avec le chapelier et le lapin blanc, et Humpty-Dumpty...
Et tu te rappelles pas qu’à un moment, Alice croise une chenille qui fume sur un champignon ? Et qu’ Alice mange et boit des trucs bizarres... ces livres sont complètement psychédéliques.
Demain, on se fait une journée Alice au pays des merveilles, et la prochaine fois que Caroline organise un goûter Alice aux Pays des Merveilles, je leur apporterai de bons cakes aux champignons
histoire de mettre un peu de désordre dans tout ça...
- Hahahahahahaha !!!!! Tu veux manger ça toi ? Et tu en as déjà mangé ou pas ? »
Et là, j’ai dû raconter mes vies antérieures à Jean-Patrick, parce que j’ai pas trop aimé qu’il me prenne pour une mauviette sur ce coup là.
« Jean-Patrick, j’ai dit, les champignons et moi, c’est une longue histoire d’amour. J’adore les cèpes et les bolets. Ça doit être depuis que j’ai lu Alice au Pays des
Merveilles je pense.
Quand j’étais au lycée, tous les automnes, j’allais cueillir des milliers de champignons dans les champs qu’il y avait pas loin de chez moi. Ensuite, je les faisais sécher, et j’avais des bocaux
pour l’année. Pendant 6 mois, tous les jeudis matin, avec ma copine Loreleï, on prenait un thé magique juste avant d’aller en cours, et tout de suite, c’était beaucoup plus funky. Bien entendu,
on était intenable... quand j’y pense, c’est vrai qu’on était grave, même nos copains les plus accros ne nous suivaient pas sur ce coup là... est ce qu’aujourd’hui je pourrais aller travailler
dans cet état là ??? Je ne crois pas...
Sinon, on a fait des sorties scolaires dans le même état. Tout de suite, le Mémorial de Caen, ça devient beaucoup moins solennel, et la Cathédrale de Bayeux aussi... mais bon. Alors demain, ok
pour une Mushroom Party ? »
Jean-Patrick il avait pas trop le choix de toute façon...
On est allé se coucher, et le samedi fut vraiment épique. Je crois que je me rappellerai de cette journée toute ma vie.
Je vous raconte ça demain.

Aujourd’hui, j’ai vu Jean-Patrick.
Mais si, vous vous rappelez... mon éditeur dont je ne donnerai le numéro de téléphone à personne parce qu’il a déjà moi à s’occuper donc ça suffit je vous l’ai déjà dit... J’ai déjà donné le
numéro de mon avocat à une lectrice, alors ça va bien hein...
Donc Jean-Patrick et moi, on avait rendez vous dans la Cathédrale de Notre Dame, sur le 4ème et le 5ème prie-Dieu à côté du confessionnal, parce qu’on aime bien se donner
des rendez-vous dans des endroits un peu bizarres.
Tenez, la dernière fois par exemple, c’était au cimetière du Père Lachaise, à côté de la petite tombe de Michel Petrucciani, qui jouxte celle de Frédéric Chopin et de Pierre
Desproges. Au début, il voulait qu’on se retrouve sur celle de Jim Morrison, mais comme j’ai jamais pu blairer les Doors, même quand j’avais 15 ans, j’ai dit que non.
Et une autre fois, c’était au Sexodrome, entre les rayons «anneaux vibrants » et «lèvres suceuses».
Jean-Patrick et moi, on ne se donne jamais des rendez-vous comme tout le monde, dans un bar de Bastille ou de St-Germain des Prés, non. Nous on préfère les lieux insolites.
Bref, Jean-Patrick il m’a trouvé drôlement fatiguée depuis la dernière fois, et j’ai dit que c’était normal, vu que mes 15 poissons rouges m’épuisaient complètement en ce
moment, et c’est vrai, je n’arrive plus à supporter le bruit de leurs nageoires et des bulles qui explosent à la surface de l’eau, même que la nuit ça m’empêche de dormir et je rêve que je les
noie dans l’eau Canard Wécéisée de mes Toilettes, et que si ça continue, moi je vais me mettre sous Prozac et vite fait ou hiberner pendant 143 ans et plus personne n’entendra plus jamais parler
de moi et ce sera tant mieux, na !
Il m’a demandé comment avançait mon livre, et j’ai répondu :
« Mouais.... ça avance un peu, mais là j’ai plus trop d’inspiration... Je pense que j’ai besoin de me changer les idées.
Tu crois pas que je devrais aller faire une cure de thalasso à St-Malo ? En plus il paraît que ça fait maigrir d’aller dans ces trucs là... Et que tu reviens drôlement en forme... enfin c’est ce
qu’on m’a dit... Ou bien un séjour à la Montagne ? en même temps la montagne j’aime pas trop ça...
Et puis, d’après les résultats de mon sondage, je constate que les gens sont en majorité OK pour me recoller un procès sur le dos parce que l’idée de faire un livre où tu dis du mal des honnêtes
patrons, ils trouvent ça méchant de ma part. Et puis y’en a qui disent aussi que ça parle pas assez de cul. Du coup, ils vont tous chez Alexiane...
Et puis ma bannière elle est pourrite. Mais en même temps, ça j’ai fait exprès... et puis j’ai jamais dit que j’étais une fille qui avait du goût hein... bon allez, je vais changer de bannière
bientôt alors... »
Et là, Jean-Patrick, qui est quelqu’un d’adorable – il faut le dire – me fait:
« Ohlalaaaaa ma pauvre choute de Spike !!!!! Arrête un peu de te lamenter sur ton sort comme un pangolin !!!!! Ecoute : ce week-end, je t’emmène avec moi, tu vas prendre un peu
l’air. Je pense que ça te fera le plus grand bien parce que tu n’as vraiment, mais VRAIMENT PAS l’air au top de ta forme.
- Non je t’ai dit : tout ça c’est à cause de mes poissons. Et oui, c’est une bonne idée.
C’est vrai que ça se lamente les pangolins ? D’où tu sors ça toi ?
Toute façon j’en peux plus de rester chez moi à écouter parler sans arrêt ces fucking poissons rouges.
HA BEN VOILÀ !!!! TU VOIS PAS QUE JE ME METS À PARLER COMME MON PERSONNAGE SALLY MUSTANG !!!! JE CROIS QUE JE DEVIENS COMPLÈTEMENT SCHIZOPHRÈNE !!!!!!! JE VAIS BIENTÔT ÊTRE BONNE À ENFERMER SI ÇA
CONTINUE !!!!!
Bon et tu m’emmènes où sinon?
- Ma chérie, je t’emmène à Amsterdam : tu vas voir, c’est ravissant : les canaux, les vélos, les musées, le Gouda, le marché aux Fleurs, les hollandais ... j’ai réservé un hôtel au bord d’un
canal justement, dans le Quartier Rouge. C’est très animé tu verras.
Et tu connais pas l’expression « se lamenter comme un pangolin » ? T’habites vraiment sous l’eau toi alors.
- Non, je connaissais pas. Et oui, je t’ai déjà dit que j’habitais sous l’eau. Je suis même pas au courant de la couleur de vernis à ongles qu’il faut porter cet hiver et je trouve que les low
boots, c’est moche. Tu vois un peu...
Le Quartier Rouge ? C’était un ancien repaire de communistes ? Y’en a toujours ?
- Non, non, y’en a plus. Quoi que... je sais pas, mais bon... enfin tu verras. Allez, je passe te chercher demain matin, ne sois pas en retard, on décolle à 11h.»
Et là on est parti parce que la messe commençait, et on devait déranger un peu les gens qui étaient venus là pour se recueillir et prier pour de vrai, et non pas pour
faire les guignols comme nous.
Jean-Patrick et moi, on est vraiment rien qu’une bande de sales mécréants, et on ira jamais au Paradis.
En même temps on s’en fout.

Aujourd’hui, Sally Mustang a voulu envoyer un email à sa copine Drakula, qui travaille chez Gloria Loquart de chez « GLLOQ Productions », parce qu’elle a prévu d’organiser une
fête pour ses 3 ans de Pacs avec Malvina Louviou. Du coup, Sally voulait faire dans le spectaculaire... et qui d’autre que sa chère copine Drakula de chez GLLOQ pouvait lui offrir une prestation
à la hauteur de ses espérances, hein ? QUI ?
Drakula, débordante d’imagination, lui a proposé des formules toutes plus impressionnantes les unes que les autres, dans des lieux tous plus prestigieux les uns que les
autres... Sally ne savait plus où donner de la tête, la pauvre, d’autant plus qu’elle n’avait pas le temps de s’en occuper... du coup, c’est moi qui me suis retrouvée chargée de veiller à la
logistique de la fête de ses noces de Guimauve avec Malvina.
Bien sûr, Chico dût lui montrer comment envoyer un email à Drakula, parce que Sally n’avait toujours pas compris comment on faisait.
« CHIIIIIICCCCOOOOOOOO !!!!!!!!!!!!!!
- Oui, quoi ? Un problème de fichiers zippés encore ?
- NO, C’EST PIIIIIIIRE ! Mais j’arrive pas à envoyer ce FUCKING EMAIL, MON PC IL DOIT ÊTRE FOUTU!!!! I’m waisting my fucking time, SI ÇA CONTINUE JE VAIS DEVOIR APPELER UN COURSIER POUR ENVOYER
CETTE LETTRE !!!!!
- Non ... attends, je te montre... »
Il est sympa Chico, mais après ça, je pense qu’il va encore aller faire un tour sur le site internet que je lui ai montré hier histoire de se défouler un peu ...
Quant à moi, j’eus, entre autres choses, la lourde tâche d’aller chercher le cadeau d’anniversaire de "3 ans de Pacs" de Sally pour Malvina.
« Bon, il faut que tu ailles chercher pour moi le cadeau que je veux offrir à Malvina pour notre anniversaire, et j’ai trouvé ce que je veux, mais je n’ai pas le temps d’aller
le chercher, so tu vas y aller pour moi ok ?
- Oui bien sûr... et c’est quoi ? Un service en crystal de chez Baccarat ? Une bague Mauboussin ? La collection complète des DVD de Patrick Swayze ???
- OH YES DARLING ! That’s a fucking good idea you know ! How did you know that Malvina loved Patrick Swayze’s movies ???? Tu sais que des fois tu peux être capable de dire des choses
intelligentes et d’avoir des idées presque aussi géniales que les miennes ?
On dirait pas comme ça... Enfin, les DVD de Patrick Swayze, that’s a great idea, yes.
Mais en fait, je veux aussi lui offrir un chien.
- ???????!!!!!! Un chien ??? Tu veux dire : UN VRAI CHIEN ????
- Of course Darling ! A REAL DOG ! Tu crois quoi ? Que j’allais lui en offrir un en peluche ?
Tu lis la presse ou pas ? Les chiens, c’est très à la mode en ce moment, c’est comme les enfants d’ailleurs. Enfin, nous on a pas d’enfants, et puis toute façon on en veut pas, c’est bien trop
compliqué de s’en occuper et de les élever pendant toute une vie, tu penses bien que j’ai autre chose à faire...
so j’ai choisi un chien à la place.
C’est très hype d’en avoir un, et je suis sûre que Malvina adorera avec le sien avec elle, même à son bureau.
- Ha oui. Sans doute. Et... tu veux quoi comme marque de chien ? Un setter ? Un huski ? Un 101 dalmatien ?
- No, no, no Darling ! Il faut un chien qui soit tout petit, un qui puisse tenir dans un sac Gucci – que tu iras acheter pour moi aussi bien sûr, je veux le modèle « Positano », ou alors un cabas
de chez Chanel, je sais pas encore trop – so tu vas aller choisir un petit chien... je sais pas moi, I don’t fucking care ! N’importe quoi pourvu qu’il loge dans un sac !
- Ha ok...
- HO YES I KNOW !!!!!! I WANT A TINKERBELL !!!
- C’est quoi comme marque ça « Tinkerbell » ?
- OH YOU’RE FUCKING IDIOT ! C’est le chien de Paris Hilton !!! I WANT THE SAME !!! It’s a chihuahua !!!!!
- Ha oui je vois. »
Et ce fut ma mission du jour. Chercher dans tout Paris un endroit où je pourrais me procurer le Chihuahua qui deviendrait bientôt le nouvel accessoire de mode de Malvina
Louviou. Je plaignais d’avance la pauvre bête sur qui un tel destin allait s’abattre...
Et j’eu une pensée émue pour le Yucca.
Pourvu qu’il ne finisse pas comme lui... Pourvu qu’il ne finisse pas comme lui...
J'ai même pensé à faire diversion afin de sauver la pauvre bête: acheter une DS Lite et Nintendogs avec: ça tient dans n'importe quel sac ça, non? Et c'est nettement moins
dangereux pour le chien...
Mais comme Sally Mustang n'a pas trop d'humour, je ne pense pas qu'elle aurait apprécié...
Sally Mustang s'est trompée d'époque.
L'informatique c'est vraiment fucking trop compliqué, et elle devrait revenir aux machines à écrire (ça plante jamais ces choses là, et jamais ça choppe de virus) aux bons vieux stencils pour
faire des photocopies qui sentent l'alcool à brûler, ainsi qu'aux pigeons voyageurs pour acheminer le courrier.
Enfin pour les pigeons, ça va, ils ont été remplacés par des coursiers en scooter, qu’on appelle pour un oui ou pour un non, même si on doit faire livrer des choses
dans la rue d’à côté. Chez SM Communikation, on sait faire marcher le commerce, y’a pas à dire.
La scène suivante se passe au bureau, comme d'habitude d’ailleurs, puisque j’y passe quand même plus de 8h par jour. En même
temps, si je vous racontais ce que je fais en dehors de mon travail, vous seriez horrifiés ou ça risquerait de vous ennuyer encore plus... enfin ça viendra peut-être un jour.
« CHIIICCCCOOOOOOOOOO !!!!!! »
Sally hurle son prénom comme on appellerait Shazan (enfin bon, si t’es né après 1975, que tu savais pas lire et qu’en plus t’avais pas la télé ou
que tes parents t’interdisaient de regarder les dessins animés, pauvre de toi, tu peux pas comprendre t’étais trop petit)
Et là, Chico apparaît devant Sally, non pas comme Shazan, parce qu'il sort pas d'un nuage de fumée, mais plutôt comme Zorra, en montant les
escaliers sans trop se presser, parce qu’il sait qu’il va devoir encore faire des choses improbables... comme par exemple... ha non, je vous l’ai déjà raconté l’autre jour ça.
Par contre, Chico, il parle comme Shazan (sauf qu’il a pas tout à fait la même voix parce qu’elle a pas été passée dans un TC Electronic Voice Doubleur
Powercore).
« Oui Sally, que puis-je faire pour toi aujourd’hui ? »
Et là Sally pleurniche :
« Ho mais j’en ai marre !!!! Je sais pas pourquoi mais on m’envoie des fichiers que j’arrive même pas à ouvrir ! A quoi ça sert alors? C’est rien qu’une fucking
perte de temps tout ça !!! »
Là, Chico pousse un soupir qui en dit long sur la pitié qu’il éprouve envers son bourreau sa patronne, mais il lui pardonne ses
offenses car elle ne sait pas ce qu’elle fait ni se servir d’Outlook Express... et il répond :
« C’est normal : ils sont zippés parce qu'ils sont trop lourds à envoyer sinon. Donc toi, il faut que tu les dézippes. Comme ça tu peux les lire.
- HA MAIS JE SAIS PAS COMMENT ON FAIT FUCK ! So fais le pour moi ok ?"
Chico, tel Shazan, s'exécute bien sûr, et 30 secondes après, une idée de Génie (Shazan – Génie – ouais allez vas-y, marre-toi, y’avait blague
lourde là, pour une fois !) traverse, tel un courant d’air, le crâne de Sally.
« HO MAIS JE SAIS COMMENT ON VA FAIRE ! Je vais t’envoyer mes emails avec mes fichiers, et toi tu vas les dézipper, et ENSUITE TU ME LES
RENVERRAS! Comme ça, je pourrai les voir sur mon ordinateur!!!!
- ...
- Quoi? ça va pas? j'ai dit quoi là?
- … Heu… ouais mais tu vois... t'as pas tout compris là... le problème c'est que moi aussi je devrais te les envoyer zippés, parce que c'est trop lourd ... ça revient
au même donc … faut les dézipper et les lire sur ton PC direct …
- HA BON? Ho fuck alors !!!! Mais je pensais que c'était moins lourd si tu me le renvoyais du bureau plutôt que si c'est quelqu'un qui est très loin et qui me
l'envoie ici, puisque nous on a le même réseau tu vois...???
- ...
- ... Et du coup, les informations elles ont moins de route à parcourir puisque toi t’es en bas, et moi je suis en haut !!!!
- ...
- Quoi ? C’est pas comme ça que ça marche ????? »
Dans une autre vie, Sally Mustang était blonde.
Dans une autre vie, Chico était tortionnaire, mais dans celle ci, c’est lui qui se fait torturer.
Ça lui apprendra à s’être amusé, dans son ancienne vie, à crever les yeux des chatons avec des cigarettes ou d’arroser des moutons à l’acide chlorhydrique pour vérifier si la laine fondait sur
eux en leur brûlant la peau ou tombait d’abord puis brûlait l'herbe du pré.
Moralité : toujours faire attention à ce qu'on a fait dans ses vies antérieures, après, vous viendrez pas vous plaindre que votre vie actuelle est toute
pourrie.
5 minutes après :
« Chiccccoooooooooooooo!!!!!! Viens me dézipper mes fichiers !!!!! »
Chico a donc passé sa journée à monter et descendre les escalier pour faire le dézippeur de service, parce que la manip était trop compliquée à
faire pour Sally.
Des fois Sally Mustang est vraiment bête. Pour ne pas dire complètement conne.
Surtout en ce qui concerne l'informatique.
Je me suis rendue compte rapidement que cette femme savait juste être intelligente quand il s'agissait d'être méchante. Là, il est vrai qu'elle savait déployer des montagnes d'idées plus
ingénieuses les unes que les autres. Elle aurait pu, dans une autre vie, faire... A.H. , ou J. S. ou P.P. , ou A.P. , ou B.M. ...
Parce que notez qu'en matière de méchanceté, certains être humains sont très forts pour ça, mais je ne vais pas vous rappeler les noms, certains faits, certaines époques, avec
certaines méthodes, parce qu'ensuite, on va dire que je vise des gens en particulier et m'accuser à nouveau de diffamation.
Du coup, je me contente de penser ce que je pense et à moins qu'on ne m'enferme pour les pensées impures que je pourrais avoir, mais nous ne sommes plus au moyen âge... jusque là il me
semble que je ne risque rien.
A la fin de la journée :
« CHICO MAIS C'EST PAS VRAI! T’AS PAS ENCORE FINI CE QUE JE T’AI DEMANDÉ DE FAIRE ???? MAIS QU’EST CE QUE TU FOUS !!!
- Ben écoute : si j’avais pas passé ma journée à te dézipper tes fichiers parce que tu sais pas le faire, J’AURAIS PEUT ÊTRE PU LE FINIR CE RAPPORT!»
Voyant Chico dans un état d’énervement contrôlé, je lui proposai de se défouler en lui remettant ce petit mot, qu’il pourrait lire chaque fois
qu'il aurait des envies de pendre sa patronne par les pieds et de s'en servir comme sac d'entrainement pour améliorer son coup de pied retourné :
"Espece de sale enflure de mes deux, tu vaux pas mieux qu' un tampax usagé de seconde zone, tu as de la chance que je ne puisse pas t'obliger à me pomper
le dard dans un confessionnal à grands coups de rape à fromage.
Va brûler en enfer,
Signé : Ton pire ennemi déchaîné."
Bon, j’avoue : toute cette déferlante d’injures ne vient pas de moi, je n’ai pas assez d’imagination pour sortir un trop plein d’horreurs pareilles
voyons...
J’ai généré ceci via un site très drôle dont une rubrique s’intitule « l’Insultron ».
L'insultron, comme son nom l'indique, sert à insulter qui on veut: ton patron, tes collègues, tes ennemis, tes amis qui sont en fait devenus tes ennemis quand ils sont passés
du côté obscur de la force, Yann Tiersen, Pascal Obispo, ta belle-mère si tu la détestes, ta belle soeur si c'est une connasse, ton ex si c'est un salaud... enfin bref, vraiment n'importe qui sur
qui t'as envie de passer tes nerfs.
Je vous invite à y faire un détour, je suis certaine que vous y passerez quelques bons moments à vous marrer comme des hyènes.
C’est drôlement moins déprimant que d’écouter du Jean-Louis Murat tiens. (ou du Benjamin Biolay)
http://www.enculeurdemouches.com/
Chez SM
Communikation, les bureaux sont plein d’éléments de déco très laids ou très moches, (selon qu’on aime ou pas le style seventies mixé au baroque) mais surtout très très chers. Une fois, j’ai
demandé à Sally:
« Où as-tu trouvé ces miroirs ? Ils sont jolis je trouve. »
Et elle m’a répondu :
« Je ne sais plus trop, un artiste qui faisait des pièces uniques… en tout cas, je les ai payés vraiment TRÈS TRÈS cher ! »
C’était sa réponse toute faite pour pas mal de choses :
« Tu sais, ça : ça coûte extrêmement cher hein !!!! » (sous entendu : « fais attention, parce que si jamais tu le casses, il te faudra au moins 9 vies pour pouvoir me rembourser…)
Un jour, alors qu’elle paradait dans les bureaux avec une nouvelle robe Prada, achetée pour être portée une seule fois lors d’une soirée de gala (de charité peut être
????) une stagiaire la complimenta sur la robe en question, et toucha avec précaution les paillettes et le tissu de la robe. Réaction de Sally Mustang :
« Ho fuck ! Mais fais attention! Tu sais c’est une robe vraiment fragile, et surtout, elle est très très chère !!!! You know what ? Je pense que même en travaillant toute une vie, jamais tu ne
pourras t’acheter une robe pareille Darling… »
La stagiaire n’a rien répondu, mais a dû penser qu’en effet, si elle restait stagiaire toute sa vie chez Sally Mustang, ce n’était pas en gagnant 230€ par mois qu’elle pourrait un jour songer à
s’offrir de tels vêtements…
Petite parenthèse : le lendemain de la soirée en question, Sally Mustang m’a apporté sa robe Prada en me disant qu’il fallait que j’aille la rapporter au magasin parce que tous les sequins se
décrochaient et que la robe partait en lambeaux à cause des coutures qui ne tenaient pas... ce qui me conforta dans l’idée que ce n’était pas parce que quelque chose était très très cher qu’il
était de bonne qualité...
Dans les bureaux de SM Communikation, il y avait des appliques sur les murs. Des lampes super design, complètement uniques, puisqu’elles avaient été fabriquées sur commande il
y a 10 ans pour Sally Mustang. Elles étaient forcément très très chères, mais avec un système électrique tellement pourri qu’il fallait changer le néon régulièrement à l’intérieur.
A mon avis, l’artiste qui avait conçu ces lampes, avait autant de sens pratique que le crétin qui a inventé la sachet de thé rond, enveloppé dans un emballage papier rond
aussi. Celui que quand tu veux sortir le sachet de thé parce que tu t’ es dit que :
« Tiens : j’ me boirais bien un thé vert aux Epices! » et bien t’arraches l’ emballage EN MÊME TEMPS que le sachet de thé, et qu’au passage, t’as collé plein de thé sur ta table et que tu
dois tout nettoyer, et après t’es furax parce que non seulement t’as plus de thé parce que c’était ton dernier sachet (normal, t’as ruiné de la même façon les 24 autres sachets de la boîte) et du
coup tu dois boire du Cacolac à la place…
Ou encore les abrutis de chez Nutella qui s’obstinent à mettre sur leurs pots depuis 25 ans ces sales opercules dorés qui sont impossible à enlever en un seul coup et sans couteau, et que
résultat aussi, tu te bats avec le pot de Nutella pendant 5 minutes, et qu’ au final, y’a quand même des bouts de papier dorés plein la surface du Nutella et ça fait super nase, et qu’en plus, si
tu les enlèves pas bien, tu te fusilles les plombages si y’en a un qui se glisse dans ta cuillère.
L’artiste des lampes, avant de concevoir ses petites chefs d’œuvres uniques en leur genre, il avait dû faire des dessins un peu comme ça un jour qu’il avait trop abusé de sa pipe à eau :

Bref, l’artiste torturé des lampes maudites, je l’ai vraiment maudit (lui et ses lampes) le jour ou Sally Mustang m’a demandé de remplacer les néons défectueux. 5 d’un coup.
« Je peux appeler un vrai électricien pour ça ou pas ????
- You’re kiddin’ !!!! On ne va pas le faire venir juste pour ça et payer un déplacement enfin ! Tu vas apprendre à le faire et c’est tout. D’ailleurs, tu dois veiller à ce que toutes les ampoules
de ce bureau soient TOUJOURS en état de marche, ce qui signifie : TOUJOURS avoir des néons et des ampoules d’avance, all right ? Je ne SUPPORTE PAS qu’une lampe tombe en panne. Et tais toi, ça
fait AUSSI partie de ton job. »
Etre à la fois esclave, électricienne ET équilibriste : comment avait elle deviné que j’avais toujours rêvé de faire des choses tellement atypiques dans ma vie ?
Je me suis retrouvée en équilibre sur une chaise de bureau bancale à roulettes, en train de retenir mon souffle et de me retenir à rien du tout afin d’ essayer d’attraper tous
les tubes sans trop de casse. Sauf que c’était la première fois que je faisais la connaissance de ces lampes… et que j’ai fait quelques victimes… Quelques tubes m’ont glissés des mains, et au
moment où je me félicitais d’avoir pu sauver le reste des tubes, les mini tubes qui étaient cachés dans les grands en ont profité pour se sauver et se suicider sur la moquette. Bling Bling
Bling.
7 mini tubes de moins. Éclatés par terre les mini-tubes.
Sally Mustang criait à côté de moi en agitant les bras:
« MAIS FAIS ATTENTION ! FAIS ATTENTION ! »
Mais ce n’était pas « Fais attention à toi, tu risques de tomber, t’es en équilibre sur une chaise bancale avec un bouquet de tubes de verres entre les mains », c’était « Fais attention parce que
t’es en train de ruiner mes lampes uniques et très très chères !!! Espèce d’incapable tu vas tout me casser !!!!! »
« Mais pourquoi tu le fais pas toi ? Moi je les connais pas tes lampes !!!
- MAIS PARCE QUE C’EST BEAUCOUP TROP COMPLIQUÉ ET BIEN TROP DANGEREUX POUR MOI VOYONS!!!!! Et maintenant, ramasse moi tous ces bouts de verre ! MAIS C’EST VRAIMENT DES LAMPES TRÈS TRÈS CHÈRES TU
SAIS !!!!»
Mais j’en ai rien à battre de tes lampes pourries moi, j’ai juste failli me tuer 10 fois en voulant changer ces néons ! Et maintenant, je vais me tuer les mains en ramassant
les morceaux de verre !
Il y avait une lampe qui était très haute, et que je ne pouvais pas changer avec une simple chaise. Je suis allée demander une échelle à la gardienne, mais j’ai cru que
j’allais tomber de cette échelle (bancale également…) et me défigurer avec tous ces bouts de verre qui m’auraient explosé à la figure. Mais cet incident aurait-il seulement eu de l’importance
quand je voyais que finalement, tout ce qui comptait, c’était la sauvegarde des précieuses lampes uniques …
Cela faisait quelques jours que j’étais chez SM Communikation, et déjà, je commençais à détester ma patronne… en même temps, je me demandais jusqu’où ma patience supporterait
ces mises à l’épreuve quotidiennes...
J’avais envie de rentrer enfin chez moi, et la fin de la journée me parut interminable... je n’avais finalement pas tué trop de lampes, donc je n’avais pas laissé à Sally Mustang l’occasion de
trop me hurler dessus. Mais quand même.
Le soir, en prenant le métro, je me sentais vraiment minée pour tout dire.
Et puis une mélodie a réussi à déclencher spontanément l’un des premiers sourires de ma journée. Un peu plus loin, un homme chantait, accompagné de sa guitare «On Broadway» de Georges Benson. En
pleine gare St-Lazare, c’était plutôt surprenant et improbable, et pourtant... ça changeait d’entendre « Le temps des Fleurs» ou « Milord » à l’accordéon...
Quelques personnes étaient attroupées autour de lui, et elles avaient toutes un léger sourire aux lèvres, ce qui était plutôt inhabituel, vu qu’en temps normal, tout le monde a
une tête de dépressif chronique dans le métro... à croire que tous les gens ont dans la tête des chansons de Jean-Louis Murat dès qu’ils sortent de chez eux... mais bon.
De plus, ce qui a fait que je me suis arrêtée, c’était que ce musicien était vraiment bon, pas comme la plupart de ceux qu’on peut croiser dans les couloirs de métro et qui groovent comme des
endives...
Et le premier qui m’assure qu’il a déjà vu une endive groover sur du Georges Benson ou sur autre chose, je demande à voir ça tout de suite et je l’invite à boire un Coca Light avec moi s’il a
raison. Sauf que bon, le coca light, je déteste ça, mais c’est pas grave, je prendrai un milk shake à la mangue à la place. Mais je doute que ça arrive de toute façon, donc cherchez même pas.
Et puis quand sa chanson fut terminée, le musicien en a joué une autre.
C’était « Tears in Heaven ».
Et là, je n’ai plus vraiment souri. Je me suis sentie carrément triste même. En même temps, c’est pas vraiment ce qu’on appelle une chanson joyeuse « Tears in Heaven »...
Mais je ne me suis pas sentie triste comme s’il avait joué une chanson de Jean-Louis Murat vous savez... Non... c’était triste autrement. Comme si ça venait de me faire prendre conscience qu’à
moi aussi quelqu’un me manquait .
Et je sais que les fans de Jean-Louis Murat vont s’insurger et me dire que Jean-Louis aussi, il a écrit des chansons qui sont au moins aussi tristes qu’un whisky-coke sans whisky mais avec plein
de coke, où il parle de gens qui lui manquent (mais à qui il doit pas manquer par contre... enfin en même temps, j’ai pas trop de mal à comprendre que Jean-Louis ne puisse manquer à
personne...)
J’ai regardé ce que j’avais dans mon sac, et je n’avais pas grand chose.
Je n’avais sur moi ni lampe unique rare et très très chère ni robe Prada que je puisse lui donner pour le remercier de ce que j’avais ressenti en l’écoutant, de toute façon, il ne devait pas
s'attendre à ce qu'on lui donne ce genre de chose... mais il m’a donné un sourire en continuant de chanter, alors que je laissais tomber quelques pièces dans son flight case.
Et je suis repartie lentement en longeant les couloirs jusqu’à ce que je n’entende plus la chanson...
« Beyond the door
There's peace I'm sure.
And I know there'll be no more...
Tears in heaven »
Quand je suis arrivée chez SM Communikation,
j’ai tout de suite trouvé que tous les gens qui travaillaient ici étaient très sympas. Sally Mustang était si spéciale que finalement, tout le monde se serraient un peu les coudes afin de
supporter ses humeurs.
Un des assistants s’appelait Chico, il était super cool Chico, mais comme c’était le seul garçon de l’agence, Sally le prenait un peu pour le larbin du bureau… du coup, il se retrouvait à faire
des choses improbables comme par exemple: transporter des bonsais gros comme des baobabs.
Un jour, Sally est venue voir Chico pour lui demander de l’accompagner chez son amie, Malvina Louviou.
« Chico, pour l’anniversaire de Malvina, je lui ai acheté une plante, but tu vois, elle veut la déplacer, et comme il est vraiment très lourde, elle peut pas la porter toute
seule, donc tu peux le faire pour nous ?"
Chico ouvrit des yeux ronds :
« PARDON ? Tu veux que j’aille déplacer une plante ???? Mais pourquoi la personne qui a livré la plante ne l’a pas placée directement au bon endroit ?
- Et bien parce que finalement, Malvina veut la changer de place, mais comme elle est trop lourde, on va y aller ensemble et tu vas le faire pour elle. »
Chico me regarda et me dit :
« Non mais elle pense que je prépare un diplôme de manutentionnaire ou quoi ????? »
Sally et Chico sont donc partis jusqu’ à la galerie d’Art de Malvina Louviou, qui se trouvait non loin de SM Communikation. Arrivés sur place, Chico eut le bonheur de constater
que la plante en question était en réalité un énorme yucca.
Et comme chacun sait : le yucca est fourbe: à l'instar du Shampoing Fructis spécial Cheveux Colorés, du poulet au curry raté de ma copine Jemma et des joues de Tata Janine : LE YUCCA PIQUE.
Et pas qu'un peu.
Chico dévisagea le Yucca.
L'un des deux allait forcément sortir blessé de ce combat sans merci. C'était certain.
Chico était un garçon courageux, et bien décidé à ne pas se laisser faire.
Il ne devait en rester qu'un.
Et ce serait Chico.
« Mais je vais me crever les deux yeux si je transporte un truc pareil !!!!!! Tu me prêtes tes lunettes de soleil Gucci?
- Et puis quoi encore! ça va pas? Mais non ! Mais non ! tu vas faire attention c’est tout ! Ho mais c’est quand même fucking pas compliqué si ?
Alors dans ce cas, pourquoi ne le fais-tu pas toi même ? pensa Chico.
Malvina Louviou et Sally Mustang se mirent à lui indiquer avec de grands gestes ce qu’il devait faire pour porter le Yucca sans abîmer une seule de ses feuilles.
« Chico ! Plus à droite ! Non ! Pas autant ! Mais fais un peu attention enfin tu vois pas que tu mets de la terre partout là ???!!!!!! MAIS ATTENTION TU TORDS LES FEUILLES !!! TU VAS L’ABÎMER SI
TU CONTINUES COMME çA !!!!
- Oui mais c’est lourd quand même tu sais ! Et puis ça pique partout les feuilles !
- HO MAIS T’AS VRAIMENT RIEN DANS LES BRAS HEIN !!!!! »
Le pauvre Chico, qui essayait plus de préserver sa paire d’ yeux que les feuilles du Yucca n’arrivait pas à trouver un moyen de porter cette plante… il sentait ses dernières
forces le quitter... le Yucca était un adversaire hors pair et terriblement bien entraîné. Chico refusait pourtant de s'avouer vaincu.
"Force et Honneur" n'était pas uniquement la devise de Maximus Decimus Meredius, mais également celle de Chico. Du reste, un peu de sang espagnol ne coulait-il pas dans ses veines ? Sinon
pourquoi se serait-il appelé Chico et pas Hervé?
"FORCE ET HONNEUR" se répéta Chico en saisissant le Yucca de toutes ses forces et en ignorant les feuilles qui lui lacéraient les joues.
Après avoir fait le tour de la galerie en portant à bout de bras le Yucca de 92 kilos, Malvina se décida pour un angle ensoleillé de la pièce. Chico pensa en son for intérieur qu’ il ne tarderait
pas à y crever, et qu'il venait finalement de gagner la bataille.
"D'ici quelques jours, le soleil te déssècheras , et tu pourriras sur pied comme un chien dans ton pot en simili teck de chez Truffaut, mais ça, tu ne le sais pas encore ".
Chico éclata alors d'un rire sardonique.
Portant un ultime regard sur son adversaire, auquel il avait tout de même réussi à arracher une feuille, Chico rangea son glaive remis un peu d'ordre dans son
armure ses cheveux, et suivit Sally Mustang pour rentrer au bureau.
Mission accomplie.
(jusqu'à la prochaine)
"Un café, un thé ou un jus d’orange avant de partir Chico ?"
Non, bien sûr, tu es un gladiateur assistant, et les assistants n’ont pas soif après l’effort, ils n’ont pas envie de s’asseoir ou d’être même rapidement remerciés pour leur
zèle. Ils pourraient s’habituer à un tel traitement de faveur et, tu imagines, ils en viendraient même à réclamer des pauses !
Lorsque je le vis revenir, je remarquais qu'il avait les bras un peu écorchés, ainsi que ses joues:
"C'était une plante carnivore que t'as dû transporter ou quoi ? Parce que t'es sérieusement amoché quand même là!"
Et là il m'a répondu que c'était pas une plante qu'il avait dû transporter, mais qu'il avait dû se battre contre deux tigresses enragées.
Chico il a vraiment un super sens de l'humour.
15 jours après, Sally Mustang me demanda de chercher sur internet un magasin de plantes qui aurait en stock des Yucca de 2 mètres de haut pour faire livrer chez Malvina.
Son Yucca venait de mourir après une lente agonie...
Aujourd’hui, j’interromps momentanément l’écriture de mes
aventures fabuleuses au pays de SM Communikation pour répondre en particulier à mon cher ami Finipe qui m’a posé une question dans le post précédent.
(Question qui n’a rien à voir avec le post du reste)
Finipe il a un blog où il raconte des trucs que même moi j'ai du mal à comprendre des fois, mais c'est
drôlement intéressant quand même.
Oui je sais, vous allez me dire que je pourrais lui envoyer un mail perso au lieu de vous raconter ma vie perso et tout ça, mais je sais que ce petit hommage même
écrit de son vivant, va lui permettre de se la raconter encore plus, et j’aime bien quand il fait le mec complètement beauf et pas modeste parce que même ça, il le fait bien. A l’instar de Rémi
Brica, Finipe sait (presque) tout faire. Même jouer du piano debout en buvant des gluttes tout en citant du St John Perse.
Que je vous dise : Finipe est un des garçons les plus intelligents que je connaisse. Et croyez moi, pour que je fasse un compliment pareil à
quelqu’un, il faut vraiment qu’il le mérite et que ce soit vrai, parce que là, j’avoue que ça m’écorche un peu les doigts de l’écrire. Et en plus, ce qui ne gâche rien, et ça m’énerve encore plus
de le dire, mais il est plutôt carrément beau gosse. Et oui que voulez vous, je n’ai que des beaux mecs autour de moi : entre mon avocat, mes frères, Wentworth, Finipe… ppffiioouuu… enfin les
filles, je ne vous donnerai pas non plus le numéro de Finipe, arrêtez de piailler ça suffit maintenant.
Donc Finipe là, il va plus se sentir et je sais qu’ il va encore bomber le torse pour tenter de faire saillir les pectoraux - qu’il n’a pas -, plisser ses yeux – qu’il a jolis
- façon John Wayne quand il s’apprête à tirer avec sa Winchester 86 sur un bison ou un indien , et dire à sa copine:
« T’ as vu Bébé, comme t’as trop de la chance d’être avec moi ! »
Et là sa copine sera navrée et lui répondra sans même bouger les yeux du pull qu'elle est en train de confectionner:
« Ouais c’est ça, enfin en attendant, tu peux aller tondre la pelouse et sortir les poubelles tu seras mignon?»
Parce que comme elle, elle a l’habitude, ça lui fait plus rien ce genre de choses. On s’habitue à tout même à la perfection hein !
Finipe il est tellement intelligent, que même quand il dit des conneries, et bien elles sont AUSSI intelligentes. Et ça, croyez moi, ça c’est pas
donné à tout le monde.
Finipe était le seul garçon de ma classe qui ne claquait pas des doigts sur le 1er et le 3ème temps d’une mesure quand on écoutait « Take the A Train» ou « What is this Thing
called love », alors forcément, ça a tout de suite collé entre nous, et je me suis dit qu’il ne pouvait forcément qu’être un garçon bien parmi tous ces crétins qui ne savaient même pas qui était
Charlie Parker ou Chick Corea, ne juraient que par Mozart et Monteverdi, ignoraient ce qu’étaient une caisse claire ou une paire de congas, et confondaient Antonio Carlos Jobim avec le roi
d'Espagne.
Finipe et moi on était les seuls à rire aux éclats aux blagues les plus lourdes du monde du style :
« Hey ! Hey ! Tu sais ce que c’est un quart de ton ? Non ? C’est deux trombones qui jouent en même temps! HAHAHAHAHAHAHAHAHA!"
Et là, tout le monde était consterné. Surtout la pauvre tromboniste arythmique, mais en même temps, elle avait pas compris la blague donc ça comptait pas.
Finipe savait ce que signifiait Ab7 9+ et jouer une grille de blues, et il partageait le même goût que moi pour les crocodiles Haribo et Pierre Desproges, et le même dégoût que
moi pour Vincent Delerm (qui à l’époque, fort heureusement, ne nous polluait pas) et l’accordéon diatonique. Finipe avait l’art de dire toujours les même conneries en même temps que moi, y’a même
des gens qui croyaient qu’on était connecté en Wifi alors que le Wifi existait même pas à l’époque, et puis Finipe il était vachement beau quand il avait son pull gris aussi.
Donc l’autre fois, Finipe m’a demandé : « Mais : c’est Jaco Pastorius dans ta bannière ? »
Mon cher Finipe, malgré ta myopie avancée dûe à la jaunisse que tu as contractée lorsque tu avais 1 jour et 5 heures, que même qu’on a dû te coller
en couveuse pendant 1 semaine avec un bandeau du PSG sur la tête sinon tu devenais aveugle, et bien tu as vu juste. Les années n’ont pas altéré ta perspicacité légendaire : il s’agit bien en
effet du grand Jaco. Tu gagnes donc un paquet de Figolu.
Alors pourquoi donc et quel rapport avec ce blog tu vas me dire ? Et bien justement, pas grand chose… car tu le sais bien, je fais dans
l’incohérence la plus totale, et le complètement à côté de la plaque, tu sais à quel point c’est ma grande spécialité : j’ai bien sorti un jour à un examen qu’il y avait du bugle dans une
symphonie de Mozart… ce à quoi on m’a répondu que j’avais quelques années, voire un ou deux siècles d’avance, vu qu’à l’époque de Mozart, le bugle n’existait pas encore… ha pardon, mais c’était
pas Miles Davis qui jouait ??? Désolée…
Donc pourquoi Jaco ? Et bien pour rien. Parce que j’aime bien, que dis-je, j’adore Jaco Pastorius, parce que c’est lui qui a inventé la basse
fretless, parce qu’il était le meilleur bassiste du monde et qu’il inventé et révolutionné le monde des bassistes et de la musique, mais je vais pas vous faire sa biographie, vous n’avez qu’à
regarder l’histoire de sa laïfe sur le net si vous savez pas qui c'est.
Parce que « Three Views of a Secret», parce que « Portrait of Tracy », et « Teen Town » parce que « Mingus » avec Joni Mitchell, et plein d’autres
encore… et parce que Jaco il était drôle et manquait complètement de modestie (c’est un peu le point commun que tu as avec Jaco du reste) : par exemple, il s’était auto proclamé meilleur bassiste
du monde, ouais. Carrément. Et quand il a voulu faire parti du groupe Weather Report, il est allé voir Joe Zawinul (qui nous a quitté il y a quelques semaines lui ) et il a dit :
« Salut, je m’appelle Jaco Pastorius, je suis le meilleur bassiste du monde, donc tu vires le tocard qui plante des clous avec sa basse dans ton groupe et je prends
sa place. »
Et Joe, et bien il l’a engagé, et le groupe n’a jamais aussi bien marché que lorsqu’il en faisait partie. Et Jaco c’est devenu trop une star.
Parce que quand Jaco prenait l’avion, il sortait de bonnes blagues du style :
« En cas d’accident, les femmes, les enfants et la section rythmique d’abord ! »
Ouais bon moi c’est le genre de truc qui me fait mourir de rire, et Finipe aussi. Je vous ai déjà dit qu’ on rigolait qu’ aux blagues débiles !
Parce que Jaco, on dit qu’il est mort parce qu’il s’est fait frapper par le videur d’une boite de nuit, mais en fait, c’est pas vrai. Jaco il se
cache dans la jungle avec John Coltrane, Mickael Brecker et Miles Davis. Parce que les héros ne meurent jamais. Ils se planquent tous dans la Jungle des Héros.
Ça vous en bouche un coin n’est ce pas ?
Alors pour toutes ces raisons, je l’ai mis dans ma bannière. Et c’est suffisant mon cher Finipe et je sais que tu approuveras mon choix. Tu aurais préféré que je
mette une photo de Bertrand Cantat ? Non ? Ben moi non plus.
Maintenant mon cher Finipe, tu peux aller te faire un thé au caramel et retourner travailler « Do Ré Mi la Perdrix » version Rock ou Punk Jazz sur ton piano. Et tu vas me faire
le plaisir de t’appliquer un peu s’il te plait parce qu’on est pas là pour enfiler des perles, chteulédja dit 64 fois merde!
Et sinon, Finipe, il a quand même un défaut mais c’est pas trop de sa faute non plus : il veut pas venir voir la Tour Eiffel. Alors c’est pour ça
que je l’ai pas vu depuis presque 9 ans, et du coup, ça me manque drôlement en fait.
Mais j’y pense pas trop parce que sinon je vais être un peu triste. Donc du coup, je préfère continuer à déconner avec lui à distance, merci MSN. Bon ok, c’ est pas tout à fait
comme si on se voyait, mais au moins c’est moins pire. Et puis aussi, je me dis parfois pour me rassurer que peut-être Finipe il a pris 20 kilos parce qu’il s’est laissé poussé le bide à force de
boire de la kro en hurlant devant les matchs de foot, qu'il s'est mis à être fan de Johnny et que si ça se trouve, je le reconnaîtrais même pas si je le voyais, et qu'il rigolerait même plus si
je lui demande s'il sait quelle est la différence entre un altiste et un oignon, donc comme ça au moins je suis pas déçue...
Mais je sais que je me cherche des prétextes là…
Enfin tout de même c’est drôle, parce que je suis sûre que si demain je le revois, on aura l’impression qu’on s’est quitté il y a 3 semaines, et qu’on balancera les
même bêtises que quand on était djeunes et cons. (wééé t’as vu, je cite du Saez !!!! j’ai des références musicales qui déchirent hein ?!!!!?... )
Bref, vous l’aurez compris, Finipe, moi je l’aime plein même si on se voit plus jamais et qu'on mange plus non plus des Figolus aux Fraises Tagada
en écoutant un bon vieux live d' Earth Wind & Fire qui groove sa race et en disant du mal des altistes et des batteurs.
Alors voilà, c’était juste une petite (grosse?) déclaration d’amitié rien que pour lui, parce qu’il le vaut bien et parce qu'il a de beaux cheveux,
et puis parce que même s’il sait sans doute déjà tout ça, je lui ai jamais dit pour de vrai.
Bon hey, c’est pas le tout quand même, on va pas sombrer non plus dans le sentimentalisme primaire, j’ai l’air de quoi maintenant hein !
Allez, demain je vous promets que je continue avec mes aventures chez SM Kommunication, sinon en plus, je vais me faire engueuler par Jean-Patrick qui attend que lui ponde
d’autres histoires...
J’ ai
débuté mon premier jour chez SM Communikation un lundi. J’ était loin d’être au top de ma forme, étant donné que j’avais très peu dormi durant tout le week end, non pas parce que je
m’étais éclatée aux soirées mousses du Queen tout le week end à picoler des Cosmopolitan et des Tequila Sunrise (ça aurait été pourtant beaucoup plus funky) mais parce que ça a été
règlement de compte à OK Corral pendant 2 jours non stop avec mon amoureux… ce qui était plutôt rock’n'roll pour le coup (alors que personnellement, je préfère le jazz, soit dit en passant).
Terriblement épuisée, stressée, complètement à bout de nerfs, et prête à fondre en larmes pour un rien, ce n’était vraiment pas l’humeur idéale pour affronter un nouvel emploi, une nouvelle
boss et des nouvelles collègues, mais il fallait faire pourtant comme si tout allait très bien, et pour l’occasion, j’ai essayé tant bien que mal de me mettre en mode « sourire permanent » même
si au fond de moi, je n’avais qu’une envie, c’était de disparaître au fond d’une mine (de diamants si possible) pour ne plus voir personne. Mais comme chacun sait qu’à Paris, les mines de
diamants sont plutôt rares, du coup, je me suis dirigée courageusement vers ce qui allait être ma nouvelle vie 8 heures par jour à partir de maintenant.
A mon arrivée, j’ai été accueillie par Madame Machin-Machin, qui m’a montré où allait être mon nouveau bureau :
« Bonjour et bienvenue ! Je vais vous montrer ce qui va être votre nouveau bureau ! »
Magnifique: ce bureau comportait une fenêtre. J’en avais de la chance ! Je vous dis ça parce que certaines personnes, beaucoup moins chanceuses, n’ont pas ce privilège et travaillent toute la
journée dans une boite à chaussures sans fenêtre. Rendez-vous compte ! Même le Mouton du petit Prince avait droit à des trous dans sa boite ! Il y a des gens qui au boulot, sont moins bien
considérés que des moutons… c’est dingue non? Du coup, quand on demande à ces personnes le temps qu’il fait, comment voulez vous qu’elles donnent la bonne réponse ? Ha mais vous me direz : il y a
meteo.fr sur le net… On peut donc toujours trouver une solution…
Et puis Sally Mustang est arrivée. La quarantaine, grande, mince, classe, tailleur Prada, cheveux noirs et brushing impeccable, se déplaçant dans des escarpins vernis Louboutin
de 12 cms de haut, aussi aisément que moi en baskets.
« Bonjour, je suis Sally Mustang, me dit elle avec un accent anglo-saxon en me tendant une main pleine de bracelets clinquant, (plus des Dior que des Agatha selon moi...) tu es
my nouvelle assistante c'est ça?
- Oui c’est moi en effet…
- Très bien. Alors pour commencer, tu peux me monter ma tasse d’eau chaude s’il te plait ? Je t' attends à mon bureau.
- De l’eau… chaude ? Juste de l’eau chaude ? pas de thé de sucre ou du citron ?
- Non. Tu as bien entendu : juste de l’eau chaude. C’est très bon pour commencer la journée et en plus ça purifie l’organisme, c’est my naturopathe qui m’a conseillée ça. Il paraît qu’on gagne 10
ans si on boit de l’eau chaude régulièrement. »
Et on passe aussi sa vie aux toilettes non ???
La cuisine ? Où est donc la cuisine ? Je demande à une des filles qui m’indique une porte au fond d’un couloir. « C’est là bas, et il y a les tasses, la bouilloire, enfin tout
ce qu’il faut. »
Je la remercie, me dirige vers la cuisine et mets la bouilloire en marche. Pendant ce temps, j’inspecte les tasses… il y en a beaucoup… laquelle dois je prendre ??? J’hésite un peu, puis
finalement, je choisis une mug bleue.
Le bouilloire en met du temps pour chauffer cette eau…
Soudain, une des filles arrive en courant dans la cuisine et me dit que le téléphone de mon bureau est en train de sonner. Je me précipite en courant pour décrocher, et j’entends au bout du fil
:
« BON ÇA VIENT OU PAS CETTE EAU CHAUDE ? IL FAUT QUAND MÊME PAS 3 HEURES POUR CHAUFFER DE L’EAU SI ? » Et ça raccroche.
Interloquée, je regarde le combiné : c’est bien à moi que Sally Mustang s’est adressée là ? Il semblerait oui…
Je retourne dans la cuisine, et remplis d’eau chaude dans la mug bleue pour l’apporter à Sally. A peine arrivée en haut des escaliers, elle me dévisage : « Ha et bien c’est pas trop tôt ! » puis
son regard se pose sur la mug bleue. Et là elle me dit :
« Ecoute : il n’est MÊME PAS QUESTION que je prenne my eau chaude dans CETTE MUG BLEUE ! Alors tu vas redescendre tout de suite, et dorénavant tu me serviras mon eau chaude dans une TASSE BLANCHE
! Une mug bleue… non mais je rêve… c’est pas chic DU TOUT darling ! Les mugs c’est pour les employés !
- … heu… oui, désolée, je ne savais pas… »
Je redescends précipitamment, et cherche une tasse blanche dans la cuisine. Je verse l’eau dans la tasse, et retourne lui apporter.
« Ecoute darling, je suis encore désolée, mais je VEUX une SOUCOUPE sous ma tasse. Sinon c’est pas chic du tout you understand ? Et EN PLUS : ça laisse des traces d’eau sur mon bureau you know ?
Donc tu peux aller me chercher la soucoupe qui va sous la tasse ? »
Je m’apprêtais à laisser la tasse sur le bureau pour retourner chercher la soucoupe, lorsqu’elle ajoute :
« No, no, no : tu RAMÈNES la tasse d’eau, et tu me la remontes AVEC la soucoupe. Je viens de te dire que si je la pose sur le bureau, ça va faire des traces… »
Là, je commençais sérieusement à perdre patience. Oui, déjà. Mais je vous ai dit que c’était pas le bon jour aujourd’hui… Je suis donc redescendue pour la 3ème fois, chercher la soucoupe, et j’ai
monté le tout, exactement comme elle me l’avait demandé.
« Merci Darling, ça ira. »
Ho ? C’est vrai ? Je n’ai pas fait d’erreur cette fois ci ? Je m’apprêtais à redescendre, lorsqu’elle me lança sans lever les yeux de son courrier :
« Et la prochaine fois… tu m’apporteras le tout sur un plateau, ok ? »
Cette fois je n’ai pas répondu.
10 minutes après m’être installée à mon nouveau bureau, alors que j’étais en train de lire les directives du cahier explicatif destiné à toutes les assistantes qui occupaient ce poste, le
téléphone retentit de nouveau. C’était encore elle.
« Tu peux monter ? »
Je monte, et elle me montre la tasse :
« C’est froid. Tu peux m’en apporter une autre ? SUR UN PLATEAU CETTE FOIS s’il te plait. »
Elle avait à peine touché à sa tasse. Je commencer à bouillir, telle l’eau que j’allais faire bientôt chauffer et que je ne tarderais pas à avoir envie de lui jeter à la tête pour lui détruire
son brushing parfait et lui faire fondre la couche de fond de teint qu’elle avait sur la visage.
J’ai remporté la tasse, j’ai refait chauffer de l’eau , j’ai pris un plateau, et je lui ai remonté le tout.
« Ha. Je vois que tu as compris cette fois ci. Tu vois, c’est tout de même pas compliqué de servir de l’eau chaude si ? »
Au final, j’ai passé ma matinée à monter et descendre les escaliers pour lui apporter ses tasses d’eau chaude. C’était trop passionnant. En tout, j’ai dû gravir 326 marches. Je
me suis dis que c’était un bon moyen pour se muscler les cuisses en même temps… A ce rythme là, j'allais bientôt pouvoir ne plus jamais culpabiliser quand au fait que je faisais jamais de
sport...
Quand le soir, je suis rentrée chez moi, j’ai eu envie de me faire un thé. Et puis j’ai regardé la bouilloire. Mes tasses. J'ai eu envie jeter tout ça du 5ème étage.
Et finalement, j’ai pris un coca.

A cette époque, j’étais seule, abandonnée, désespérée et sans travail, mais je vous rassure, j’étais bien disposée à trouver un moyen de m’en sortir. Il faut dire que j’avais
12 chats à nourrir, et que si je ne trouvais un moyen de leur apporter leur Ron-Ron tous les jours, j’avais peur qu’un jour, je finisse seule, abandonnée et désespérée… et dévorée par mes chats
au milieu de mon salon…
Une annonce avait retenu mon attention quelques jours auparavant : « Importante société de communication basée sur Paris, recherche une assistante pour sa directrice. Envoyez
votre candidature à machin-machin@smcom.com. Débutantes acceptées. »
Ça tombait bien, je n’avais aucune expérience dans ce domaine… ce poste était donc fait pour moi ! J’ ai donc envoyé ma candidature :
« Chère Madame Machin-Machin de SM Communcation,
J’ai vu que votre directrice recherchait une assistante, et qu’en plus, ça ne vous dérangeait trop pas si elle était débutante. Par conséquent je suis donc celle qui vous faut. Merci de me
recontacter afin que nous puissions convenir d’un rendez vous. Blablabla… Blablabla… Blablabla… »
Le lendemain, j’obtenais un rendez-vous. Incroyable non ? Mais vrai.
Le jour du rendez-vous, j’avais essayé (pour une fois) de faire un effort vestimentaire, histoire de présenter correctement devant Madame Machin-Machin. Dans le métro, j’étais
assise en train de réfléchir aux questions qu’elle allait pouvoir me poser, quand est rentrée dans la rame une jeune fille, grande, mince, belle, bien habillée - mais l’air un peu fatiguée tout
de même - qui tenait dans les mains une bouteille d’1,5L de Vittel. Elle s’est assise juste en face de moi, et s’est mis à boire de grandes gorgées, l’air un peu hagard. Visiblement elle semblait
à l'ouest mais elle avait très soif.
Au bout d’une minute, j’ai trouvé que ça sentait comme qui dirait… la vodka ou le gin juste à côté de moi. J’ai regardé partout autour, mais il se trouvait que la personne la plus proche était à
2 rangées de nous. Bon. J’ai dû avoir une hallucination olfactive. Parfois ça arrive…
Et puis la fille s’est remise à boire sa Vittel avec toujours le même regard flou… et là, j’ai compris : c’était ELLE qui sentait l’alcool à plein nez ! La pochtronne alcoolique qui s’assume même
pas ! Ce n’était pas de l’eau qu’il y avait dans sa bouteille, mais de l’alcool !
Et là, j’ai eu comme qui dirait un flash back ultra-G-G (ultra-Giga-Gore): j'ai repensé à une histoire atroce qui est arrivée il y a 2 ans à l’un de mes amis, que par défaut
j'appellerai Gilles, et ce afin de préserver son anonymat et vous allez comprendre pourquoi.
Un jour, alors qu’il était malade, Gilles a pris le métro pour rentrer chez lui, mais sentait bien qu’il avait quelques nausées… à un moment, il a mis sa tête en arrière, a essayé de reprendre
ses esprits et sa respiration pour contenir un hoquet, mais une crise de nausée a été plus violente que les précédentes, et il a vomi sur la dame qui était assise en face de lui ! ça a fait une
espèce de geyser immonde qui a éclaboussé tout autour de lui. Vous imaginez un peu la scène digne d'un film d' horreur trash de série Z, dans un métro plein de monde ! La dame était tellement
choquée de s’être fait arroser de la sorte - imaginez qu’elle avait plein de dégueulis sur elle et que ça avait dû couler jusque dans son sac à main - qu’elle en restée pétrifiée d’horreur.
Des gens se sont mis à crier, et lui, il s’est sauvé en courant et en balbutiant des « Pardon ! Pardon ! » qui toutefois ne l’excusaient absolument pas tant ce qui venait de se produire était
horriblement honteux .
Nous n’avons pas eu de nouvelles de la victime…
Depuis qu’il m’a raconté cette histoire, à chaque fois que je suis dans le métro et que je vois quelqu’un qui a l’air un peu malade juste en face de moi, je change de place.
J’ai scruté la jeune-fille-à-la-bouteille-d’eau-déguisée en me disant :
« Mais elle boit tellement qu’elle va se rendre malade ! Et elle a déjà bu la moitié de sa bouteille ! Et en plus elle continue ! Et si ça se trouve à un moment elle va finir par me vomir dessus
et ça va être atroce ! Et je vais pas arriver à mon entretien couverte de vomi ! Et j’aurai jamais le poste ! C’est pas possible c’est pas possible ! »
Je revoyais la scène que m’avait décrite Gilles, et prise d’une panique soudaine, je me suis levée et j’ai couru à l’autre bout de la rame. Si toutefois la jeune fille se sentait mal, personne ne
serait éclaboussé…
Je suis arrivée à l’heure à mon entretien, et Madame Machin-Machin m’a reçu très gentiment dans son bureau pour m'expliquer les caractéristiques du poste à pourvoir.
« Bonjour je suis Madame Machin-Machin et je vais vous recevoir très gentiment pour vous expliquer les caractéristiques du poste à pourvoir.
- Très bien.
- Notre société est donc spécialisée dans la communication, et nous travaillons pour différents clients. Notre directrice s’appelle Sally Mustang, elle est New-Yorkaise, et a fondé cette société
il y a 10 ans, lorsqu’elle a décidé de s’installer en France …
- Ha, c’est donc pour ça que la société s’appelle « SM Communikation » ?
- Absolument! Vous êtes perspicace! Ce sont en effet les initiales de Sally Mustang comme vous l’avez très justement remarqué … donc nous recherchons une assistante qui sache parler anglais –
Sally Mustang parle souvent en anglais, parfois en français, et des fois elle mélange – de plus, nous avons quelques clients étrangers, et nous travaillons principalement dans le domaine du luxe,
vous verrez c’est tout simplement fascinant …
L’essentiel du poste consiste à tenir son carnet de rendez-vous à jour, organiser ses déplacements en France ou à l’étranger, accueillir les clients au bureau, répondre au téléphone… enfin les
tâches basiques d’une assistante en gros. De plus, quand vous aurez le temps, vous pourrez aussi vous rendre utile en aidant les filles ici, vous verrez ce qu’elles auront à vous donner…
De plus, vous devrez faire les courses pour le bureau et gérer les factures. Concernant les tâches directement liées à Sally Mustang, vous verrez avec elle au fur et à mesure… mais vous devrez
régulièrement lui apporter son eau chaude… à son bureau… plusieurs fois par jour… servi dans une tasse blanche… et parfois vous serez obligée de rester au bureau à la pause déjeuner, ça dépendra
d’elle… enfin elle est parfois un peu… spéciale… cela vous pose un problème ?
- Non, non, pas vraiment…
- Ok très bien… pour ce qui est du salaire, c’est 1500€ brut par mois pour 39h de travail, il n’y a pas de ticket restaurant, pas de mutuelle, pas de RTT, pas de 13ème mois non plus, aucun
avantage quelconque… cela vous pose un problème ? »
Là je réfléchis rapidement… et je me rappelle que je suis seule, abandonnée, désespérée et sans travail, que j’ai 12 chats à nourrir et que je n’ai pas envie d’être dévorée par eux un de ces
jours parce qu’ils n’auront pas eu leur Ron-Ron quotidien.
« Mais c’est le rêve de travailler ici dites-moi! Surtout ne me rappelez surtout pas, il craint à mort votre poste! Non non, c’est très bien. Tout me paraît absolument parfait.
Mais… elle n’avait pas d’assistante avant ?
- Si, il y en a eu 6 l’année dernière, mais elles ne sont pas restées parce que… elles ont finalement trouvé d’autres opportunité de carrière ailleurs…
- …
- Alors je vous recontacte dans la semaine pour vous donner une réponse, d’accord ? »
Fin de l’entretien.
Madame Machin-Machin avait dû voir une dizaine de candidates très qualifiées et compétentes pour ce genre de poste, je n’ai donc pas imaginé une seule seconde que mon profil
serait intéressant pour elle… (6 assistantes en 1 an tout de même… c’était bizarre…)
Pourtant, 3 jours après, elle me rappelait pour m’annoncer que ma candidature avait été retenue, et que par conséquent, je pouvais commencer dès le lundi suivant.
Fabuleux ! Je me suis dit. Je vais pouvoir nourrir mes 12 chats, et puis en plus… « L’Univers du luxe est tout simplement fascinant » … ha oui?
C'est ce que j'allais découvrir...