Les Lampes Pièges

Publié le par Spike

MartineSM.jpg    Chez SM Communikation, les bureaux sont plein d’éléments de déco très laids ou très moches, (selon qu’on aime ou pas le style seventies mixé au baroque) mais surtout très très chers. Une fois, j’ai demandé à Sally:
« Où as-tu trouvé ces miroirs ? Ils sont jolis je trouve. »
Et elle m’a répondu :
« Je ne sais plus trop, un artiste qui faisait des pièces uniques… en tout cas, je les ai payés vraiment TRÈS TRÈS cher ! »
C’était sa réponse toute faite pour pas mal de choses :
« Tu sais, ça : ça coûte extrêmement cher hein !!!! » (sous entendu : « fais attention, parce que si jamais tu le casses, il te faudra au moins 9 vies pour pouvoir me rembourser…)

    Un jour, alors qu’elle paradait dans les bureaux avec une nouvelle robe Prada, achetée pour être portée une seule fois lors d’une soirée de  gala (de charité peut être ????)  une stagiaire la complimenta sur la robe en question, et toucha avec précaution les paillettes et le tissu de la robe. Réaction de Sally Mustang :
« Ho fuck ! Mais fais attention! Tu sais c’est une robe vraiment fragile, et surtout, elle est très très chère !!!! You know what ? Je pense que même en travaillant toute une vie, jamais tu ne pourras t’acheter une robe pareille Darling… »
La stagiaire n’a rien répondu, mais a dû penser qu’en effet, si elle restait stagiaire toute sa vie chez Sally Mustang, ce n’était pas en gagnant 230€ par mois qu’elle pourrait un jour songer à s’offrir de tels vêtements…
Petite parenthèse : le lendemain de la soirée en question, Sally Mustang m’a apporté sa robe Prada en me disant qu’il fallait que j’aille la rapporter au magasin parce que tous les sequins se décrochaient et que la robe partait en lambeaux à cause des coutures qui ne tenaient pas... ce qui me conforta dans l’idée que ce n’était pas parce que quelque chose était très très cher qu’il était de bonne qualité...

    Dans les bureaux de SM Communikation, il y avait des appliques sur les murs. Des lampes super design, complètement uniques, puisqu’elles avaient été fabriquées sur commande il y a 10 ans pour Sally Mustang. Elles étaient forcément très très chères, mais avec un système électrique tellement pourri qu’il fallait changer le néon régulièrement à l’intérieur.

    A mon avis, l’artiste qui avait conçu ces lampes, avait autant de sens pratique que le crétin qui a inventé la sachet de thé rond, enveloppé dans un emballage papier rond aussi. Celui que quand tu veux sortir le sachet de thé parce que tu t’ es dit que :
« Tiens : j’ me boirais bien un thé vert aux Epices! »  et bien t’arraches l’ emballage EN MÊME TEMPS que le sachet de thé, et qu’au passage, t’as collé plein de thé sur ta table et que tu dois tout nettoyer, et après t’es furax parce que non seulement t’as plus de thé parce que c’était ton dernier sachet (normal, t’as ruiné de la même façon les 24 autres sachets de la boîte) et du coup tu dois boire du Cacolac à la place…
Ou encore les abrutis de chez Nutella qui s’obstinent à mettre sur leurs pots depuis 25 ans ces sales opercules dorés qui sont impossible à enlever en un seul coup et sans couteau, et que résultat aussi, tu te bats avec le pot de Nutella pendant 5 minutes, et qu’ au final, y’a quand même des bouts de papier dorés plein la surface du Nutella et ça fait super nase, et qu’en plus, si tu les enlèves pas bien, tu te fusilles les plombages si y’en a un qui se glisse dans ta cuillère.

L’artiste des lampes, avant de concevoir ses petites chefs d’œuvres uniques en leur genre, il avait dû faire des dessins un peu comme ça un jour qu’il avait trop abusé de sa pipe à eau :
   


Bref, l’artiste torturé des lampes maudites, je l’ai vraiment maudit (lui et ses lampes) le jour ou Sally Mustang m’a demandé de remplacer les néons défectueux. 5 d’un coup.

« Je peux appeler un vrai électricien pour ça ou pas ????
- You’re kiddin’ !!!! On ne va pas le faire venir juste pour ça et payer un déplacement enfin ! Tu vas apprendre à le faire et c’est tout. D’ailleurs, tu dois veiller à ce que toutes les ampoules de ce bureau soient TOUJOURS en état de marche, ce qui signifie : TOUJOURS avoir des néons et des ampoules d’avance, all right ? Je ne SUPPORTE PAS qu’une lampe tombe en panne. Et tais toi, ça fait AUSSI partie de ton job. »

    Etre à la fois esclave, électricienne ET équilibriste : comment avait elle deviné que j’avais toujours rêvé de faire des choses tellement atypiques dans ma vie ?

    Je me suis retrouvée en équilibre sur une chaise de bureau bancale à roulettes, en train de retenir mon souffle et de me retenir à rien du tout afin d’ essayer d’attraper tous les tubes sans trop de casse. Sauf que c’était la première fois que je faisais la connaissance de ces lampes… et que j’ai fait quelques victimes… Quelques tubes m’ont glissés des mains, et au moment où je me félicitais d’avoir pu sauver le reste des tubes, les mini tubes qui étaient cachés dans les grands en ont profité pour se sauver et se suicider sur la moquette. Bling Bling Bling.
7 mini tubes de moins. Éclatés par terre les mini-tubes.

    Sally Mustang criait à côté de moi en agitant les bras:
« MAIS FAIS ATTENTION ! FAIS ATTENTION ! »
Mais ce n’était pas « Fais attention à toi, tu risques de tomber, t’es en équilibre sur une chaise bancale avec un bouquet de tubes de verres entre les mains », c’était « Fais attention parce que t’es en train de ruiner mes lampes uniques et très très chères !!! Espèce d’incapable tu vas tout me casser !!!!! »
« Mais pourquoi tu le fais pas toi ? Moi je les connais pas tes lampes !!!
- MAIS PARCE QUE C’EST BEAUCOUP TROP COMPLIQUÉ ET BIEN TROP DANGEREUX POUR MOI VOYONS!!!!! Et maintenant, ramasse moi tous ces bouts de verre ! MAIS C’EST VRAIMENT DES LAMPES TRÈS TRÈS CHÈRES TU SAIS !!!!»

    Mais j’en ai rien à battre de tes lampes pourries moi, j’ai juste failli me tuer 10 fois en voulant changer ces néons ! Et maintenant, je vais me tuer les mains en ramassant les morceaux de verre !

    Il y avait une lampe qui était très haute, et que je ne pouvais pas changer avec une simple chaise. Je suis allée demander une échelle à la gardienne, mais j’ai cru que j’allais tomber de cette échelle (bancale également…) et me défigurer avec tous ces bouts de verre qui m’auraient explosé à la figure. Mais cet incident aurait-il seulement eu de l’importance quand je voyais que finalement, tout ce qui comptait, c’était la sauvegarde des précieuses lampes uniques …

    Cela faisait quelques jours que j’étais chez SM Communikation, et déjà, je commençais à détester ma patronne… en même temps, je me demandais jusqu’où ma patience supporterait ces mises à l’épreuve quotidiennes...       
J’avais envie de rentrer enfin chez moi, et la fin de la journée me parut interminable... je n’avais finalement pas tué trop de lampes, donc je n’avais pas laissé à Sally Mustang l’occasion de trop me hurler dessus. Mais quand même.

    Le soir, en prenant le métro, je me sentais vraiment minée pour tout dire.
Et puis une mélodie a réussi à déclencher spontanément l’un des premiers sourires de ma journée. Un peu plus loin, un homme chantait, accompagné de sa guitare «On Broadway» de Georges Benson. En pleine gare St-Lazare, c’était plutôt surprenant et improbable, et pourtant... ça changeait d’entendre « Le temps des Fleurs» ou « Milord »  à l’accordéon...
   
    Quelques personnes étaient attroupées autour de lui, et elles avaient toutes un léger sourire aux lèvres, ce qui était plutôt inhabituel, vu qu’en temps normal, tout le monde a une tête de dépressif chronique dans le métro... à croire que tous les gens ont dans la tête des chansons de Jean-Louis Murat dès qu’ils sortent de chez eux... mais bon.
De plus, ce qui a fait que je me suis arrêtée, c’était que ce musicien était vraiment bon, pas comme la plupart de ceux qu’on peut croiser dans les couloirs de métro et qui groovent comme des endives...
Et le premier qui m’assure qu’il a déjà vu une endive groover sur du Georges Benson ou sur autre chose, je demande à voir ça tout de suite et je l’invite à boire un Coca Light avec moi s’il a raison. Sauf que bon, le coca light, je déteste ça, mais c’est pas grave, je prendrai un milk shake à la mangue à la place. Mais je doute que ça arrive de toute façon, donc cherchez même pas.

Et puis quand sa chanson fut terminée, le musicien en a joué une autre.
C’était « Tears in Heaven ».
Et là, je n’ai plus vraiment souri. Je me suis sentie carrément triste même. En même temps, c’est pas vraiment ce qu’on appelle une chanson joyeuse « Tears in Heaven »...
Mais je ne me suis pas sentie triste comme s’il avait joué une chanson de Jean-Louis Murat vous savez... Non... c’était triste autrement. Comme si ça venait de me faire prendre conscience qu’à moi aussi quelqu’un me manquait .
Et je sais que les fans de Jean-Louis Murat vont s’insurger et me dire que Jean-Louis aussi, il a écrit des chansons qui sont au moins aussi tristes qu’un whisky-coke sans whisky mais avec plein de coke, où il parle de gens qui lui manquent (mais à qui il doit pas manquer par contre... enfin en même temps, j’ai pas trop de mal à comprendre que Jean-Louis ne puisse manquer à personne...)

    J’ai regardé ce que j’avais dans mon sac, et je n’avais pas grand chose.
Je n’avais sur moi ni lampe unique rare et très très chère ni robe Prada que je puisse lui donner pour le remercier de ce que j’avais ressenti en l’écoutant, de toute façon, il ne devait pas s'attendre à ce qu'on lui donne ce genre de chose... mais il m’a donné un sourire en continuant de chanter, alors que je laissais tomber quelques pièces dans son flight case.

Et je suis repartie lentement en longeant les couloirs jusqu’à ce que je n’entende plus la chanson...

« Beyond the door
There's peace I'm sure.
And I know there'll be no more...
Tears in heaven »


Publié dans Sally Mustang & Co

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Petite Merde 05/11/2007 11:30

Ah non alors là, critiquer Jean-Louis, c'en est trop!!!! Pourquoi pas critiquer Benjamin Biolay tant que t'y es? Pffff.... Je laisse quand même un commentaire car je me sens concernée: moi aussi, surveiller ses ampoules fait partie de mes missions. Je vais compter combien il y en a ... Me revoilà: 13 spots au plafond, et 4 lampes design (donc chères aussi). Ca c'est chez elle car dans mon bureau, qui est pour elle une salle d'expo, il y a 1 lampe et 11 spots.

Le G 04/11/2007 20:19

Vous savez mam'zelle, il n'est point évident de groover comme une endive.....il faut commencer à penser au 1 et au 3......
Gladiateur ou pas.

Fressine 04/11/2007 19:04

Y'a pas de services généraux à SM Communikation ?
non mais je rêve !!
sinon comment on fait pour trafiquer les jaquettes de Martine et compagnie, ça m'intéresse !! :-)