Sally Mustang, comme vous l’avez noté dans le chapitre sur la nourriture, n’aime pas jeter les choses quand elle considère que cela pourrait faire le bonheur de quelqu’un.
Il est vrai que tout le monde n’a pas la chance d’être riche comme elle, donc dès qu’elle peut jouer les bons samaritains, elle n’hésite pas une seule
seconde.
Quand on est l’assistante de Sally, on possède l’immense privilège d’être aux premières loges afin d’écoper de toutes ses mochetés et autres vieilleries.
Du bonheur à l’état pur pour nous pauvres cloportes insignifiants.
Chaque fois c’était le même scénario : je montais dans son bureau, elle me montrait ses horreurs, et je repartais avec.
Pour les mettre à la poubelle ensuite bien sûr. Je n’allais tout de même pas garder ça !
Sally un jour où elle se sentait d’humeur généreuse :
« Tiens regarde, on m’a offert ça pour Noël ! (une paire de petits cadres tout laids en vitrail incrusté de fleurs mortes et en métal) mais moi je
trouve que c’est vraiment trop moche pour chez moi... so tu les veux ? Je te les donne !
Ils sont mignonnes tu ne trouves pas ? Peut-être que chez toi ce genre de cadres iraient bien non ? Take it ! »
Non, les cadres moches seront moches aussi chez moi. Mais... refuser c’est offenser : J’acceptais donc le cadeau.
Poubelle.
« Regarde, j’ai retrouvé ça dans mon tiroir! (un porte clé Dinh Van en argent) Tu le veux ? Il est encore en très bon état, look ! Je te le donne !
»
Le porte clé était si usé et si rayé qu’il ne ressemblait plus à rien, je me suis demandée si on ne l’avait pas frotté avec du sable pour qu’il soit dans un tel état.
Dinh Van ou pas, il a eu le même traitement que les cadres.
Poubelle.
« Look ! J’ai retrouvé ces produits de beauté Prada, but you know, moi je mets que des produits Chanel, so je n’en ai pas besoin. Tiens, je te les
donne ! Ils sont très bien tu verras !»
Il faut savoir que ça fait au moins 5 ans que les produits de soin Prada ne sont plus commercialisés. Vendus en mini doses à prix d’or, ce fut un bide
commercial...
Je me retrouvais avec 4 boites de produits collector ... mais périmés.
Poubelle.
Parmi tous ces cadeaux plus somptueux les uns que les autres (agendas déchirés, vieux sacs troués, portefeuilles élimés, babioles sans intérêt et
autres...) j’ai cependant conservé une magnifique jupe moulante en cuir fauve crocodile Roberto Cavalli - une horreur immettable et honteuse - au cas où un jour, quelqu’un organiserait le
concours de la jupe la plus moche du monde, (je suis certaine de gagner, je défie n’importe qui d’avoir dans ses affaires une pièce d’aussi mauvais goût) ou si l’envie me prenait de me pointer à
une « soirée costumée » déguisée en pute.
Cependant, le summum de la honte en matière de cadeau pourri revient au dernier cadeau de Noël que Sally Mustang a offert à une de ses
employées.
A Noël, chez SM Communikation, on joue à « Secret Santa », une tradition américaine : chaque employé met son nom dans un bocal, et chacun pioche ensuite un papier et
doit faire un cadeau à la personne dont le nom est inscrit sur le papier, avec un budget maximum de 15 ou 20€.
Ensuite, on met tous les cadeaux sous le sapin de Noël et chacun ouvre son cadeau.
Cette année là, Sally Mustang avait pioché le nom de Clémence, une stagiaire... oui... ces pauvres choses qui ne sont rien...
Sally a dû se trouver fort déçue de devoir être obligée de dépenser 20€ pour une sous-fiffre, au lieu d’offrir un cadeau à son employée préférée par exemple... (celle
qui fayotte depuis 8 ans consciencieusement en vue d’obtenir des parts dans la société sans doute...) mais elle a quand même joué le jeu.
Le jour du grand déballage des cadeaux était arrivé et chacun son tour, nous défaisions nos paquets et remercions chaleureusement notre «
Secret Santa ».
Lorsque Clémence ouvrit son paquet, elle rougit de plaisir en découvrant un coffret Dicktryque qui contenait une bougie à la fleur d’oranger et son parfum
d’intérieur.
Un très beau cadeau. Surprenant de la part de Sally Mustang, mais n’était ce pas Noël après tout ?
« Ho !!!! Un coffret Dicktryque à la fleur d’oranger ! Merci Sally ! C’est vraiment gentil !»
Sally répondit avec son plus beau sourire d’hypocrite:
« Mais Clémence je t’en prie ! It’s Christmas! Je suis vraiment happy que mon cadeau il te fasse si plaisir. »
L’après-midi, Clémence, toute fière de son coffret Dicktryque – il faut dire que c’était tellement chic – a voulu nous montrer ce qu’il
contenait.
Je remarquais que le packaging était très différent de ce qui se faisait maintenant, et que le logo n’était pas le même... une édition limitée ultra collector
peut-être ?
Clémence ouvrit la bougie, et là, comble de l’horreur, nous comprîmes pourquoi nous n’avions jamais vu ce packaging.
Au vue de l’état de la bougie, ce coffret devait dater au moins des années 80 et moisir depuis tout ce temps au fond d’un placard chez Sally Mustang: je ne savais
même pas qu’une bougie pouvait tourner à ce point là : elle était comme rouillée sur le verre, l’étiquette se décollait, il y avait des bulles d’air un peu partout dans la cire, la couleur était
inégale et tournait vert le vert et le beige... nous nous attendions à voir surgir des asticots à chaque instant...
Et je ne vous parle même pas de l’odeur qui faisait plus penser à une bougie au camembert qu’à de la Fleur d’Oranger ! Une horreur... qui a atterrit directement dans
la poubelle.
Clémence ouvrit ensuite le parfum d’intérieur, qui n’était guère en meilleur état que la bougie : un liquide jaunâtre où flottait des dépôts plus que
douteux...
Clémence se risqua à une seule vaporisation... juste pour sentir... et là, une odeur épouvantable s’est répandue dans la pièce.
Comme par hasard, c’était le moment qu’avait choisi Sally pour descendre :
« HO MY GOD !!!! WHAT THE FUCK IS THIS ??? Qu’est ce que c’est que cette odeur ignoble ??? QUI A OSÉ METTRE UN PARFUM PAREIL IN MY OFFICE ??????
»
Nous nous sommes regardées Clémence et moi, et on a éclaté de rire sans répondre. Le parfum d’intérieur à fini avec la bougie au fond de la
poubelle.
Il aurait dû atterrir sur le bureau de Sally, mais Clémence n’a pas osé.
Tant de monstruosité ne finissait pas de nous étonner !