L’épreuve de ce concours que je redoutais un peu était celle de la création musicale avec thèmes imposés. Il
s’agissait de faire une petite pièce musicale de 5 minutes environ, et d’être capable de diriger les musiciens, tout en tenant compte de l’orchestration disponible sur place : traduisez par : les
élèves de l’année précédente et leurs instruments respectifs qui servaient de cobayes pour les futurs étudiants qui passaient le concours d’entrée.
En gros, si la promo était composée de 9 pianistes, un joueur de pipeau et 3 violoncellistes sourds il fallait se débrouiller.
Génial.
Une demie heure pour préparer la pièce.
Quand je suis arrivée dans la salle, j’ai vu la première feuille sur laquelle il y avait:
- un poème débile
- une séquence rythmique
- des dessins à la con
- une mélodie sans aucun sens
- un truc que j’ai pas compris
Mouais.
Y’a des candidats qui se servent des nuages et des poissons pour inventer un truc ?
Ceux qui viennent passer les épreuves sous champis alors ? Manque de chance pour moi, ce jour là j’étais clean.
J’examinai ensuite la liste des instruments disponibles pour la création. Il y avait :
- 2 violonistes
- 4 altistes
- 1 guitariste
- 4 pianistes
- 1 saxophone alto
- 1 contrebassiste
- 4 flûtes traversières
- 1 joueur de bombarde
Et tous étaient sensés aussi pouvoir chanter et jouer des percussions (du moins, savoir faire "shpouk shpouk" sur des claves ...) Enfin des trucs pas trop compliqués du moins...
MAIS C’EST QUOI CETTE ORCHESTRATION DE MERDE ! CA VEUT RIEN DIRE UN TRUC PAREIL
!
Il fallait montrer sa créativité en faisant un milk-shake de tout ça ???
Je vous jure, c’est con les concours... c’était bien le dernier que je passais de toute ma vie...
C’était un peu comme si on m’avait collé dans une cuisine avec 2 pots de confiture de myrtille, du foie de veau, 3
ailes de poulet, 12 salsifis, des rillettes, une noix de coco, 2 navets, du chocolat et 9 crêpes surgelées Picard, et qu’on m’avait dit :
« Débrouille toi pour nous faire un festin avec tous ces ingrédients sans en oublier un seul !!! »
N’importe quoi... n’importe quoi...
J’ai failli me barrer de la salle.
D’ailleurs, c’est ce que j’ai fait. Mais un ami qui m’accompagnait m’a forcée à rentrer de nouveau.
J’ai donc choisi de m’inspirer de la formule rythmique pour construire ma pièce.
Déjà, d’entrée de jeu, j’ai décidé que le mec qui jouait de la bombarde, j’allais lui faire tenir une rythmique avec
des shakers.
Ça lui apprendra, il avait qu’à pas faire de la bombarde ce con.
Bien fait pour lui.
Il était tout simplement hors de question qu’il me plombe la pièce avec son instrument de merde qui allait couvrir tout le
monde.
Oui : le bombardiste (ou le bombardeux), à l’instar du guitariste de rock qui n’a toujours pas compris que le bouton « VOLUME » de son
ampli pouvait se régler, joue très très fort.
Mais à sa décharge, c’est aussi l’instrument qui veut ça.
Contrairement au guitariste ce connard, qui lui, fait rien qu’à jouer fort juste pour casser les couilles de ses
voisins et de ses parents.
Les altistes non plus ne joueront pas.
Toute façon c’est bien connu, les altistes ne sont que des violonistes frustrés qui ne savent pas jouer juste. Sinon pourquoi
ils auraient choisi d’apprendre à jouer de l’alto hein ?
Bande de nases.
Les flûtes traversières, elles sont trop nombreuses.
Et puis tiens, je vais pas m’embêter, elles joueront toutes la même chose à des voix différentes.
Sur les 4 pianistes, seul celui qui saura jouer de la salsa restera. Si sur les 4 aucun ne sait jouer de la salsa,
alors ils prendront des petites claves et ils feront « clav clav clav » tous en chœur en récitant l’alphabet à l’envers en brésilien.
Au bout de 20 minutes, j’avais presque rien fait. Du coup, j’ai griffonné je sais plus quoi sur la feuille et advienne
que pourra Dieu pour tous et tous pour un que le pouvoir du crâne ancestral soit avec moi amen.
Quand j’entre dans l’arène, 44 yeux se posent sur moi.
Il y a tous les élèves de l’ancienne première année et presque le même jury que la dernière fois: la Vieille Connasse, le mec qui
ressemble à un proxénète et celui qui a une tête d’équarisseur.
Et il y a une vioke aussi. Qui a une tête de Mère Supérieure pas commode.
« Bonjour... alors j’ai choisi de me baser sur la figure rythmique... comme j’ai vu que tout le monde pouvait jouer
des percussions, alors ma pièce sera très... heu... percussive... voilà... heu... je peux écrire au tableau ???
- Mais faites comme chez vous ! me dit la Vieille Connasse, nous somme toutoui ! »
Chez moi je me balade avec une cape de Batman sur le dos. Pas ici. Je ne peux donc pas faire tout comme chez moi
grognasse.
Après avoir écrit une au tableau les différentes parties pour que tout le monde voit clair, j’annonçai
l’instrumentation :
« Qui est le joueur de bombarde ? »
Un mec d’au moins 38 ans lève la main et annonce avec un grand sourire :
« C’est moi !!!!! ☺
- Bon alors toi tu feras la rythmique au shaker, en doubles croches et tu essaies de la faire tourner comme ça, (je lui montre) en
accentuant uniquement la 4ème double, ok ?
T’as tout de même pas cru une seconde que je t’avais préparé une partie de bombarde abruti !
Alors les autres : toi tu vas faire ça, toi tu fais ça, toi ça... etc...etc...
Heu... le joueur de bombarde, c’est possible que tu accentues un peu plus la 4ème double? Oui mais n’accélère pas pour autant
patate ! »
Bon allez, je laisse tomber, toute façon on a pas le temps.
Moralité : ne jamais espérer d’un joueur de bombarde qu’il puisse jouer autre chose que de la bombarde dans un bagadou au Fest Noz de
Ploëmeleuc ou Plougastel-Daoulaz.
Sinon, je remarquai que le saxophoniste était particulièrement beau gosse.
Dommage que je ne sois pas dans sa promo... Si je suis prise à ce concours, y’a intérêt qu’il y ait des mecs potables dans ma classe, sinon je me casse.
Je suis pas là non plus pour me faire des potes, faut pas déconner.
« Hum, hum... bon, tout le monde est prêt, je pense qu’on peut commencer... »
Grand sourire du jury qui visiblement fait tout pour mettre à l’aise les candidats.
Et là, je constate avec horreur que le mec qui a une tête d’équarisseur a un air particulièrement vicieux avec ses
cheveux jaune, son sourire en coin, ses petits yeux de fouine qui me dévisagent de bas en haut, mais pas QUE au niveau du haut et du bas du visage si vous voyez ce que je veux dire...
Mais quel pervers ce mec !
Plus tard, j’apprendrai qu’il essayait tous les ans de se taper une des élèves de la promo... et devinez sur quelle élève de la promo il avait décidé de jeter son dévolu
l’année suivante ?
Non, non, non : ce n’était pas la grosse tromboniste arythmique dépourvue d’odorat dont je donnais le nom et l’adresse aux contrôleurs
quand je me faisais choper sans ticket dans le bus.
Je le raconterai un jour peut-être.
Bref, cette épreuve abominable ne s’est pas vraiment passée comme je l’avais imaginée parce que le type avec sa tête
d'équarisseur me stressait bien comme il fallait et que les deux tiers des cobayes ont eu un mal de chien à jouer correctement ce
que je voulais comme je voulais.
En même temps j’allais pas leur en vouloir, la plupart sortait tout droit du conservatoire...
La blague c’est tout de même que j’ai une fois de plus passé les épreuves de ce 2ème jour.
J’ai toujours pas compris comment...
Les autres candidats avaient dû être encore plus mauvais que moi, je vois que ça.