Je m'éclate au Sénégal (surtout les doigts)

Publié le par Spike

      
    J’allais donc recevoir 3 heures de cours chaque matin, et pour moi c’était le bonheur. Des profs pour moi toute seule et des cours au soleil sur le toit de la maison !

Quand au bout de 3 cours je suis rentrée avec les bras et les jambes écarlates, j’ai moins fait la maligne, et le lendemain j’ai demandé si on pouvait continuer les cours dans la maison, et bien à l’ombre...

    Forcément ça les a fait marrer :
« Ah ces toubabs et leur peau fragile.... »

    Le premier jour, Omar m’a demandé de lui montrer ce que je savais faire sur un djembé.
Même si je jouais depuis longtemps, j’étais plutôt intimidée mais j'ai joué.

    « Mais c’est pas mal pour une fille... BLANCHE ! »

HA MERCI CA COMMENCE BIEN !

Je lui ai pas dit qu’en plus d’être blanche, j’étais à moitié jaune, et que j’avais aussi une arrière grand-mère martiniquaise mais que là, ça se voyait pas.

    « ... je suis là pour apprendre... te moque pas ! (c'est moche de se moquer...)
-    C’est quoi ça ?
-    J’ai emmené de quoi enregistrer les cours et écrire comme ça, tu me montres, j’enregistre, j’écris, je lis, et on peut jouer ensemble tout de suite : pas de perte de temps.
-    Ah mais vous les blancs, vous avez besoin d’écrire la musique ! Nous on a tout dans la tête !
-    Oui... c’est un peu normal en même temps, toi t’es né dans un tambour ! Tu connais tout par cœur depuis que t’es petit ! J’ai moins de mémoire que toi, c’est pour ça que j’ai appris à écrire ! »

    Wagane et Omar m’ont encore regardée, amusés:
    « Ha ces toubabs alors... »

  Mais ils se sont rendus compte qu’en effet, en écrivant les rythmiques qu’ils me jouaient, les cours avançaient beaucoup plus vite. Le soir, j’écoutais ce que j’avais appris, et je travaillais tout dans ma tête pour le lendemain.

    Quand je pense que même à l’école je n’avais jamais été aussi sérieuse....

    Le 3ème jour, j’ai vu le Maître : Doudou N’Diaye Rose était un vieux monsieur qui avait l’air d'un jeune homme avec des yeux malicieux.
Je l’avais imaginé austère et immense, il était en réalité tout petit et plein d'humour.
J’étais très intimidée, mais il m'a tout de suite mise à l'aise.

    "Bienvenue à vous, sachez que tout ce que mes fils vont apprendront, c'est moi qui le leur ai enseigné, ils sont de très bons professeurs! Restez manger avec nous ensuite, et venez au spectacle cet après midi."

    En France, au Japon et ailleurs, Doudou et sa troupe se produisaient sur des scènes, dans des festivals ou des théâtres, à Dakar, il y avait tous les jours des évènements, que ce soit dans la rue où chez les uns ou les autres, des baptêmes, des fêtes, des anniversaires...

Les femmes et les filles de Doudou étaient « les Rosettes », et dansaient, pendant que les hommes jouaient du sabar.

    Après mes cours, je restais souvent manger avec tout le monde, et l’après midi, j’allais me promener dans la ville. Tout était nouveau pour moi, et j’aimais regarder les gens vivre... j’étais déjà loin de ma vie en France, et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien là bas ne me manquait.
Je vivais une vraie coupure dans ma vie et ça me plaisait déjà.

    La première fois que j'ai vu Doudou et sa troupe se produire dans la rue, j’ai été impressionnée par la beauté de ses femmes qui dansaient et l’énergie dégagée par l’orchestre. Une foule immense formait un demi cercle autour d’eux, parmi elle pas un seul touriste... sauf moi qui faisait office de tache (blanche)

    J’ai ainsi découvert le tambour sénégalais : le sabar. A la différence du djembé que tout le monde connaît, le sabar se joue avec une baguette et la main, sur une surface beaucoup plus petite que sur la peau d’un djembé.

Dans la semaine, Omar m’a proposé :

    « Le djembé, tu connais et tu sais jouer, en France, tout le monde connaît : tu veux que je t’apprenne à jouer notre instrument du Sénégal, le Sabar ? Ce serait beaucoup plus intéressant pour toi et tu pourrais jouer avec nous. »

    Bien sûr que je voulais apprendre à jouer d’un nouvel instrument ! Dès le lendemain, je commençais l’apprentissage des rythmiques de sabar et des morceaux que Doudou jouait. Omar me faisait apprendre toutes les parties, et ensuite nous jouions tous les trois la pièce.

    Je ne compte pas le nombre de fois où lorsque je ne regardais pas mes mains au début,  la baguette a atterri avec violence sur mes doigts ... pire qu’une punition d’écolier cet instrument !

    « C’est normal, tout le monde fait ça au début, il faut juste que tu t’habitues à frapper au bon endroit!»

Peut-être... mais en attendant, j’avais les doigts de la main droite qui étaient morts...


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jean luc 11/05/2008 10:17

sais beaux l afriq

Nicolas 02/05/2008 18:59

Merde ! J'avais pas vu ton commentaire du 30/04/2008 à dix-sept heure zéro six et trente-quatre secondes. C'est trop tard : je suis banni à jamais ! Dura lex sed lex.

Nicolas 02/05/2008 16:26

Bon, c'est sûr, j'aurais un peu tiré sur tes tresses. Mais pas très fort.

Elsonia 02/05/2008 09:53

Quelle belle péripétie !!!! Et pourquoi, ils ont tout dans la tête eux, hein ?

Vanessa ne se plaint pas 01/05/2008 10:09

Je vais me faire bloquer mais merde les tresses quand même...Une jalousie particulière envers Laura Ingalls peut être?