Chapitre 8 - l'Exil

Publié le par Spike

    Après la chute de Saigon, le père de Tao chercha à faire sortir ses 3 enfants du pays. Avec les médicaments envoyés par son fils, de France, il réunit suffisamment d’argent pour pouvoir payer le passeur. Hoa, dont le mari était en camp de rééducation voulait rester, mais son père réussit à la convaincre de fuir :

    « Si jamais tu restes, toi aussi tu peux être envoyée là bas. Ton mari sortira un jour nous l’espérons, et il viendra te rejoindre. En attendant tu dois partir avec ton fils.
- Et vous ne venez pas avec nous ?
- Si... plus tard... ta mère et moi nous vous rejoindrons plus tard, ne t’en fait pas... »

Leurs maigres affaires étaient prêtes depuis longtemps, ils ne savaient pas à quel moment ils partiraient, mais ils devaient se tenir prêts.
Un jour, en rentrant du marché, Hoa vit une voiture devant la maison. Sa mère sortit de la maison:

    « C’est maintenant, vous devez y aller tout de suite, ta sœur et ton frère sont là, partez vite. »

Ils eurent à peine le temps de se dire au revoir, tout se fit dans la précipitation et dans les larmes, des adieux hâtifs et douloureux.



    Hoa embarqua sur un bateau, comme des milliers de gens l’avaient fait ou le feraient après elle. Son peuple fuyait sur une mer de Chine qui leur ne leur réservait pas le meilleur sort : elle avait entendu parler des conditions dans lesquelles elle allait voyager : le manque d’eau, de nourriture, les typhons qui faisaient chavirer les bateaux, les pirates qui pillaient, violaient ou tuaient sans état d’âme ...
Etait-ce les épreuves à traverser pour espérer avoir une vie meilleure plus tard ?

    Après deux jours en mer les réserves d’eau étaient épuisées et ils n’étaient pas encore arrivés à destination. Le bébé de Hoa était très faible, elle avait vu plusieurs enfants mourir dans les bras de leur mère, des gens se jeter par dessus le bastingage, submergés par le désespoir... La peur n’avait pas quittée Hoa depuis qu’ils étaient montés à bord de la fragile embarcation...

    Une nuit, un bateau s’approcha du leur. Ils étaient tous à moitié endormis dans la cale, quand des cris retentirent sur le pont. Ce que Hoa redoutait le plus se trouvait là haut: des pirates.
Des hommes armés les firent sortir et ordonnèrent à tout le monde de vider leurs poches : ils voulaient l’or, l’argent et les bijoux.
Hoa était terrifiée et serrait contre elle son fils et sa petite sœur qui se mit à pleurer. L’un des hommes s’approcha de Sao Mai et l’arracha brutalement à sa sœur :

    « Si elle ne nous donne pas ce qu’on veut, tu le paieras. »

Au moment où il sortit un couteau et l’approcha du visage de Sao Mai, Hoa hurla et s’interposa entre eux.

    « Je vais vous donner ce que vous voulez mais ne lui faites pas de mal je vous en prie!!! »

Elle décousit la doublure de sa chemise où sa mère avait mis de l’argent et le lui donna ainsi que son collier, son bracelet et son alliance.
L’homme prit son butin, hésita quelques instants, puis relâcha Sao Mai.
D’autres jeunes filles eurent moins de chance qu’elle ce soir là sur le bateau...

    Après 5 jours en mer, ils atteignirent enfin le rivage de Pulau-Bidong en Malaisie. L’île abritait des milliers de réfugiés vietnamiens qui étaient parqués dans des camps en attendant de pouvoir obtenir des papiers pour partir en France, aux Etats Unis au Canada ou ailleurs... les conditions de vie dans le camp étaient très difficiles, mais néanmoins, une vie s’organisait, et au moins, ici, ils étaient en sécurité.

    Hoa, son fils, Sao Mai et Minh restèrent 3 ans dans le camp de Pulau-Bidong avant d’obtenir des papiers et de pouvoir enfin trouver refuge aux  Etats Unis.
Le mari de Hoa les rejoignit quelques temps plus tard, après avoir passé 3 ans lui aussi en camp de rééducation.

    A sa sortie du camp, Xuan, méconnaissable et abattu par ce qu’il avait enduré dans le camp de travail, retourna à Saigon où il retrouva sa femme qu’il n’avait vue que 3 fois en 3 ans, pour la fête du Têt, seul moment où les familles étaient autorisées à venir rendre visite aux prisonniers.
    Au bout de 3 ans, il put enfin donner des nouvelles à son ami Tao. Il n’avait pas eu le droit de lui écrire une seule lettre pendant toutes ces années, les seuls mots qu’il avait été autorisé à écrire étant ceux qu’il devait utiliser pour rédiger son auto critique chaque semaine, et faire lire aux membres du parti.

Commenter cet article

David 26/06/2008 21:52

C'était pas plutôt part time lover ??? (ahah)(on est des grands malades)

La Géorgienne 25/06/2008 23:37

Vielen Dank, c'est de circonstance... -8-

Spike 25/06/2008 21:46

@ Vanessa: tu insinues que je suis donc rien qu'une sale pirate? Je sais bien que tu me déteste, j'en ai marre tiens.

@ Fran: moi non plus je ne comprendrai jamais cette forme de régime, encore moins les gens qui l'ont instauré... quand on voit les dégâts que ça a causé...

@ Monsieur +: la prochaine fois, j'écrirai une histoire super gaie rien que pour toi! ;)
Je crois que c'est le chapitre le plus dur... les autres seront plus "légers" on va dire.

@ Glamazone: je viens de lire seulement aujourd'hui ton billet où tu parles des origines, et il m'a beaucoup plus aussi...

@ Dom: encore quelques chapitres!

@ David: j'ai eu envie de faire un gros jeu de mot stupide mais bon... on est pas au Blind test...
(hard time... LOVER??? Stevie Wonder!!!!!)
Ok je sors...

David 25/06/2008 17:17

Hard times...

Dom 25/06/2008 14:40

Je commence à être sérieusement accro à cette épopée.