Chapitre 9 - Retrouvailles

Publié le par Spike

    Tao parlait beaucoup à ses enfants de leurs Grands-Parents paternels. Pour eux, ils étaient des photos, des lettres... Kim Yen recevait régulièrement des lettres et des poèmes que son Grand-Père du Vietnam, « Ong-Noi », lui écrivait avec sa belle écriture et dans un français parfait.
« Il écrit comme dans les livres ! »
Sa Grand-Mère, « Ba Noi », ne comprenait ni ne parlait le français. Kim-Yen se demandait comment elle ferait pour lui parler le jour où elle la verrait.
Souvent elle demandait à son père :

    « Et toi Papa, c’était comment dans ton pays quand tu étais petit ? »

    Et il lui parlait des buffles, des rizières, des sangsues qui s’accrochaient aux mollets et qui ne tombaient que si on approchaient une cigarette allumée, des motos Honda sur lesquelles ils montaient à 3 ou 4 avec les copains, des filles de Hué qui paraît-il, étaient les plus belles du pays, de la citadelle Impériale et des pagodes... il ne fêtait pas Noël, mais pour la fête du Têt, les enfants recevaient des cadeaux et faisaient exploser des pétards partout dans les rues. Il lui parlait de Xuan et de ses oncles et tantes qu’elle verrait un jour. Il disait qu’il avait une petite sœur à qui elle ressemblait beaucoup, et qui avait le même caractère qu’elle.
Tout cela faisait rêver la petite fille...


    « Et ta grand-mère a les cheveux tellement longs, que quand elle défaisait son chignon, ils tombaient jusqu’au pieds !
- Jusqu’aux pieds ? Mais c’est impossible !!!!
- Si ! Elle ne les coupait jamais ! Tu lui demanderas de te montrer quand tu la verras.
- Moi aussi je vais me laisser pousser les cheveux jusqu’aux pieds... »

    En 1979, Hoa, son fils, Minh et Sao Mai étaient installés dans le nord des Etats Unis. Maintenant exilés, ils avaient toute leur vie à reconstruire.
Leurs parents restèrent encore quelques années à Saigon... et puis en 1981, Tao annonça à Anna qu’il avait réussi à obtenir leur venue en France. Après toutes ces années, sa femme allait enfin faire connaissance de ses parents, et ses enfants de leurs Grands-Parents.
Il était prévu qu’ils habitent quelques temps avec eux, en France, en attendant qu’ils trouvent un autre logement où qu’ils aillent aux Etats Unis peut-être plus tard.
   
    En octobre, Tao et Anna, très émus, allèrent les chercher à la gare. Toân et Kim Yen les accompagnaient aussi, impatients de rencontrer leurs lointains grands-parents.
Lorsqu’il les aperçut sur le quai, Tao trouva ses parents changés, vieillis... ça faisait tellement longtemps...
Après les retrouvailles, les présentations, les embrassades, la mère de Tao regarda Anna et dit quelque chose en vietnamien à son fils qui traduisit :

    « Elle dit qu’il faut que tu aies un troisième enfant, et elle a dit que ce serait un fils ! »
Anna sourit :
    « Dis lui qu’il est déjà ici son troisième petit fils ! » répondit-elle en désignant son ventre.

    Quand ils rentrèrent à la maison, les enfants étaient un peu intimidés de voir leurs Grands-Parents, et étonnés aussi de voir à quel point Ong-Noi parlait si bien le français.
Une des premières choses que fit Kim-Yen, le lendemain, fut de vouloir vérifier si les cheveux de sa grand-mère étaient véritablement aussi longs que ce que son père avait dit. Elle alla donc lui demander ce qu'elle voulait en faisant des gestes: Ba Noi rit aux éclats et enleva le pique de son chignon : ses cheveux tombaient effectivement jusqu’à ses pieds et Kim-Yen n’en revenait pas !

Tao était devenu médecin et travaillait à l’hôpital de Bordeaux, Anna institutrice auprès d’enfants en difficulté. Ils avaient quitté l’appartement de la rue Fondaudège pour emménager dans une maison bien plus grande.
Parfois, Kim-Yên  voyait sa grand-mère pleurer dans sa chambre et ne comprenait pas pourquoi :

    « Le Vietnam lui manque... elle est triste parfois ici... et pour elle c’est difficile parce qu’elle ne parle pas beaucoup le français... » lui disait Tao.

    Sa mère souhaitait en fait aller aux Etats Unis pour vivre auprès de ses filles qu’elle n’avait pas vues depuis longtemps, elle pensait que la vie serait plus simple là bas.
Communiquer avec Anna était difficile, et elle avait du mal à comprendre certains principes d’éducation occidentale. De ce fait, ses rapports avec Anna n’étaient pas exactement comme cela se faisait au Vietnam dans la mesure où là bas, les grands-parents prenaient beaucoup en charge l’éducation de leurs petits enfants et donnaient conseils à leurs enfants qui les écoutaient et respectaient cela. Il est très mal vu de contredire ses parents ou ses beaux-parents puisqu’on leur doit le respect.
 
Anna n’était pas entièrement d’accord avec cette "tradition", puisqu’étant la mère de Kiêm, elle voulait aussi élever son fils selon ses principes à elle, et n’avait pas envie qu’il soit élevé entièrement à la façon vietnamienne.

Tao expliquait alors qu’étant maintenant en France et marié avec une française, il ne pouvait pas imposer à ses enfants une éducation purement vietnamienne comme lui même avait reçu. Ses enfants devaient certes posséder les deux cultures, mais il ne fallait pas oublier qu’ils étaient en France, et qu’il ne choisirait pas pour eux, par exemple, le métier qu’ils feraient plus tard, comme on l'avait fait pour lui.

    Après 5 années passées auprès de leur fils et sa famille, les parents de Tao partirent aux Etats-Unis afin de retrouver leurs 2 filles et leur fils.

Un peu avant leur départ, Tao discutait avec sa mère du passé, de ces  20 années écoulées, et lui demanda si elle avait toujours le petit carnet que la voyante, madame Lâm, lui avait donné pour sa naissance.

    « Oui j’ai toujours ce carnet. Et jusque là, tout ce qui était écrit dedans s’est réalisé... je savais que tu aurais une belle vie et que tu serais heureux... »

    Le jour de son départ, elle laissa un carton qui contenait des albums photos, des lettres, des papiers divers... et le fameux carnet de madame Lâm, dont la couverture était défraichie et froissée, et les feuillets bien jaunis ...

   

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valerie 01/07/2008 18:16

"et puis t'as pas lu "Fantômette fait le tapin"? et "Martine se drogue"?"
c'etait pas fantomette c'etait le club des cinq. aucune culture.

camille la it girl ! 28/06/2008 21:05

celles qui les portent encore aujourd'hui ont au moins 70 ans, mais c'est très beau...

La Géorgienne 28/06/2008 20:02

Mais pourquoi j'ai la chair de poule quand je te lis, c'est fou ça ?!
C'est bizarre, moi depuis le début de l'histoire, je la lis comme si tu racontais celle de ta famille. J'ai le même ressenti que Reine : pour moi il y a du vrai là dedans, mais ça n'est pas ce qui en fait l'intérêt, peu importe en fait. En même temps, je ne peux pas m'empêcher de faire le lien entre les longs cheveux de Ba Noi et les tiens (ceux de la photo au Sénégal)...
Allez, la suite !

David 28/06/2008 00:45

Facile pourtant : William Sheller : Le carnet à spirales !
(mais non t'es pas grave atteinte... !)

Reine 28/06/2008 00:18

C'est simplement que ton histoire est si bien écrite et me semble si...vraie! J'ai le sentiment (peut être faux) que tu connais le passé de ton père et que tu nous l'a raconté avec ton talent, avec tes mots. Dès le premier chapitre on ressent la tendresse que tu éprouves pour les personnages de ton histoire et surtout pour Tao.
En tout cas, j'ai eu très rapidement l'impression que ce que tu nous contes fais partie de ton histoire. Et je suis effectivement surprise d'être la seule à t'avoir posé cette question! Je ne doute pas un instant que tu sois capable d'inventer de toute pièce une histoire c'est simplement ce que j'ai ressentie en te lisant: de la tendresse, de l'émotion, du vécu...
Donc non, cela ne change rien à l'histoire qu'elle soit inventée ou pas. Ca n'enlève rien à ton talent, c'est juste de la curiosité, une envie de mieux te connaitre à travers tes textes. Je comprendrais que tu n'ai pas envie de répondre.