Chapitre 11 - Xuan

Publié le par Spike

    Après ses 3 années passées en camp de rééducation, Xuan avait repris contact avec Tao. Il avait eu 2 enfants et vivait toujours à Saigon avec Van, sa femme. Tao aurait voulu retourner dans son pays natal – il disait « son pays natal » car il considérait à présent que la France était devenue son pays – mais il était difficile à une certaine époque, pour les vietnamiens, de revenir là bas. Lorsque le Vietnam commença à s’ouvrir au tourisme, il songea cependant à y retourner, pour revoir la famille qui était restée, ses amis, tous les lieux qu’il avait en mémoire et qui avaient dû beaucoup changer à présent.
Ce fut Xuan qui, le premier, eut l’occasion de venir en France : invité à des congrès de médecine, il vit alors enfin la chance de pouvoir retrouver son ami d’enfance.

    Quand il sut qu’il allait le revoir enfin, Tao était fou de joie et raconta à ses enfants qui il était, ce que son ami avait vécu, et ce qui les avait séparé. C’est à ce moment là qu’il raconta l’épisode de la voyante qui leur avait prédit un destin tout à fait différent alors qu’ils pensaient avoir le même parcours de vie. Kim Yên fut très impressionnée par cet épisode et harcela son père de questions, mais ce dernier demeura assez vague à ce sujet et en parlait sur le ton de la plaisanterie.
Ensemble, il regardèrent les albums de photos en noir et blanc, et Tao leur racontait ce qu’était sa vie, leur vie, à cette époque.


    Lorsque Xuan arriva chez eux, ils étaient tous très émus. Les enfants avaient du mal à réaliser que leur père n’avait pas vu son ami d’enfance pendant près de 20 ans et étaient impressionnés par Xuan : c’était quelqu’un d’extrêmement calme, réfléchi et il captivait leur attention.
Au dîner, Xuan raconta pourquoi, par deux fois, il se considérait comme étant un rescapé:
   
    « J’ai cru que je ne sortirais pas vivant du camp où j’étais prisonnier, et finalement j’ai survécu. Une deuxième fois, j’aurais dû mourir brutalement, mais il faut croire que la chance était de mon côté ce jour là...
Un jour, je devais me rendre à Hanoi en bus. Je suis parti le matin, j’ai dit au revoir à ma femme et mes enfants, et je suis monté dans le bus. En chemin, nous nous sommes arrêtés dans un village pour déjeuner. Il se trouve que dans ce village, je connaissais quelques personnes, et je suis allé les voir pour manger chez eux.
Lorsque je suis retourné prendre le bus, je me suis rendu compte qu’il ne m’avait pas attendu et tout le monde était parti sans moi.
Quelques kilomètres plus loin, le bus à sauté sur une mine. J’aurais dû me trouver dedans, il n’y eu aucun survivant. Je ne sais pas pourquoi, mais la police a averti ma femme avant même que je puisse la prévenir, et on lui a dit que j’étais mort. Lorsque j’ai réussi à la joindre, elle était stupéfaite de me savoir en vie.
Je pense que ce n’était pas mon heure... »

    Les enfants étaient fascinés. Kim Yên, après quelques hésitations, lui posa finalement une question :

    « Mais sinon, pourquoi on t’a enfermé dans un camp ? »

Xuan lui répondit en souriant :

    « Tu sais... la différence avec une prison « normale » et un camp comme celui dans lequel j’étais, c’est qu’en général, quand on t’envoie en prison, tu connais le crime que tu as fait pour mériter ton emprisonnement.
Là où j’étais, on nous demandait de confesser des crimes que nous même ignorions avoir fait. J’étais détenu parce que j’étais étudiant, futur médecin, et que pour eux j’avais des idées politiques divergentes et révolutionnaires.
- Et on t’a mis en prison pour ça ?
- A l’époque oui. »

    Xuan leur montra ensuite des photos de sa famille, ainsi que d’autres photos où il était avec Tao. Ils avaient tant de choses à se raconter... il passèrent une grande partie de la nuit à parler, comme s’ils pouvaient rattraper les 20 ans qui s’étaient écoulés...
Xuan repartit au bout d’une semaine, et Tao promit de venir lui rendre visite dès qu’il le pourrait.

    L’année suivante, Tao partit en mission humanitaire en Afrique avec Médecins Sans Frontières. Suite à cette expérience qu’il renouvela deux fois, il travailla sur l’idée d’un projet de mission identique au Vietnam avec le groupe qu’il avait accompagné au Burkina Faso.
   
    1989 fut finalement l’année où Tao put enfin prévoir son retour au Vietnam. Il avait souhaité y aller seul dans un premier temps, ce qu’Anna comprit tout à fait.
Toute sa famille rêvait de découvrir enfin le Vietnam, mais Tao leur dit :

    « Chaque chose en son temps, je veux d’abord refaire connaissance avec mon pays, et puis ensuite, j’emmènerai Anna, et puis vous tous, parce que je veux vous faire connaître le pays où j’ai grandit car c’est aussi un peu de vos racines. Je vous en ai beaucoup parlé et vous devez y aller un jour.

Maintenant, c’est plus facile d’aller là bas et nous aurons toute la vie pour le faire. »

 

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David 07/07/2008 19:54

Ok je pique le tshirt de Silphi lundi !
Bises

Vanessa ne se plaint pas 05/07/2008 15:04

Je sens que Tao il va mourir, et qu'Esteban et Zia ces connards ils vont même pas aller le secourir.

J'ai montré miam les yahourts à une copine qui a littéralement adoré.

é vou?

Elsa 05/07/2008 00:05

T'as vu comme y'avait vachement plus de monde pour commenter "Miam les Yaourts"? Ca fait peur.
Je dis ça, mais moi je lis sans commenter, j'attends l'explosion finale pour réagir (plutôt que de le faire à chaque épisode).
Keep Going Gal!!

Spike 03/07/2008 21:50

@ Séb: oui je sais... moi aussi... :(

@ Silphi: donc finalement, t'es un mec imbuvable en vrai? Allez, va boire une glutte avec Séb pour la peine!

@ Fran: je ne le sais que trop bien... c'est pour ça que maintenant, je n'aime pas attendre pour réaliser quoi que ce soit qui me semble important à mes yeux.

Fran 03/07/2008 20:54

A-t-on vraiment toute notre vie pour réaliser et partager les choses importantes ?? Je crois qu'il ne faut pas trop attendre en fait ^^