Chapitre 16 - Epilogue

Publié le par Spike


    Dans la nuit du 31 août, alors qu’il était rentré chez lui, Tao réveilla Anna et lui demanda d’appeler l’ambulance juste avant de perdre connaissance. Il se réveilla de nouveau à l’hôpital, Anna était à ses côtés.
Au moment où l’infirmière passa pour lui injecter de la morphine, il refusa.

    « Si vous me mettez sous morphine... comment je pourrais encore parler avec ma femme ?... murmura-t-il. Je dois rester encore conscient...
- Ce n’est pas raisonnable, je sais que vous souffrez beaucoup, je ne peux pas vous laisser comme ça...
- Je vous ferai signe... plus tard... »

    Tao pouvait à présent à peine parler et luttait pour articuler quelques phrases à Anna. La douleur se faisait de plus en plus aigue, mais il voulait gagner encore un peu de temps. Très vite, les mots ne sortaient plus, il n’avait plus assez de force.
   
L’infirmière revint dans la chambre et dit doucement :

    « Anna... ce n’est pas raisonnable... maintenant je dois vraiment le mettre sous morphine, je sais qu’il souffre trop et que ce n’est plus supportable pour lui... il en a déjà trop fait, laissez-moi lui donner ce qu’il faut pour ne plus qu’il ait mal... »

    Derrière ses larmes, Anna acquiesça. Elle embrassa Tao puis sortit de la chambre pour téléphoner à ses enfants.   

-------------------------------------------------------------------

    Des images confuses défilaient anarchiquement dans la tête de Tao : ses pensées allaient vers ses enfants, Anna, il se revoyait enfant en train de jouer dans la rivière à Vinh Yên, ses parents, son arrivée en France, sa petite sœur, ses amis, des bribes de sa vie qui refaisaient surface sans lien les uns avec les autres...
Il entendait les paroles de sa mère lorsqu’il lui avait posé des questions sur son mystérieux carnet : « Tu auras une belle vie mon fils. »
Elle avait raison... il avait eut une belle vie.
Il lui semblait entendre une voix au loin, qui lui disait d’attendre encore un peu, juste un peu, ce n’était pas encore le moment, ils allaient arriver demain, attends...
Attendre... Tao ne pouvait pas s’en aller comme ça, il voulait répondre que oui, il attendrait qu’ils arrivent, mais les mots ne sortaient pas.

    A 13h, Hoan, Kim Yên et Kiêm poussèrent la porte de la chambre de l’hôpital. Anna prit la main de Tao et lui dit :
« Tu vois, ils sont là... on est tous là... »

    Kim Yên qui avait vu son père et qui lui avait parlé à peine une semaine avant fut très choquée de le voir dans cet état. Kiêm demanda s’il souffrait et s’il pouvait entendre ce qu’on lui disait. Chacun prit quelques minutes seul avec Tao pour lui parler une dernière fois, lui dire tout simplement au revoir.

    Debout, réunis autour de lui tous ensemble, ils retenaient leur souffle en silence.
Kim Yên fixait le rythme de son pouls et comptait les battements dans son cou.
Elle comptait... comptait... se disait que si elle arrivait à compter 50 battements, elle pourrait peut-être continuer jusqu’à 100... qu’à 100 elle irait jusqu’à 200... et qu’à 200 il se réveillerait forcément...
Les pulsations ralentirent...
comme celles d'un métronome fatigué... puis s’arrêtèrent.
A la 65ème.
   
    Le temps resta suspendu quelques instants avant l’arrivée des médecins dans la chambre. Anna et ses enfants sortirent. Ils étaient incapables de prononcer le moindre mot.

    Dans l’ascenseur qui l’emmena au rez de chaussée, Kim Yên était avec une femme enceinte. Des larmes se mirent à couler toutes seules sur ses joues, elle regarda cette femme qu’elle ne connaissait pas et lui dit :
    « Mon père vient juste de mourir... vous savez... qu’il ne connaîtra jamais ses petits-enfants... »
La jeune femme eut sourire de compassion, mit sa main sur l’épaule de Kim Yên et lui dit d’une voix douce :
    « Comme je vous comprends... je suis vraiment désolée pour vous... »

    Il était 14h30 le mercredi 2 septembre 1998 et la vie de Tao s’était arrêtée après 56 années dans cette chambre d’hôpital.
Il était parti, entouré de ceux qu’il avait aimés le plus au monde. Sa vie avait été faite de joies, de peines, d’accidents de parcours, de situations nouvelles, de difficultés, mais surtout de bonheurs, petits et grands... de toutes ces choses, en somme, qui font la vie de chacun mais qui doivent inévitablement s’arrêter un jour...

    Tao était ailleurs à présent, mais si la vie et la mort ne font en effet qu’une seule et même chose, alors lui seul savait à ce moment là ce qui l’attendait.


Epilogue

    L’année qui suivit, Anna partit au Vietnam pour emporter une partie des cendres de Tao à sa terre natale. Seul Kiêm l’accompagna, Hoan et Kim Yên ne pouvant malheureusement pas se joindre à eux.
La cérémonie dont Xuan s’était occupée eut lieu dans le petit village de leur enfance à Vinh Yên.
Tao repose dorénavant entre sa terre de coeur et sa terre d’adoption.

    Des années plus tard qui lui semblèrent être une éternité, en 2006, Kim Yên fit le voyage elle aussi, accompagnée de son grand frère.
Lorsque l’avion se posa sur la piste de l’aéroport de Hanoi, elle ne put empêcher ses larmes de couler. Ces larmes qui avaient accompagné le départ de Tao lorsqu’il avait quitté son pays presque 30 ans auparavant, coulaient dorénavant sur les joues de sa fille, très émue de le découvrir.
Un jour, elle le savait déjà,  sa vie serait ici.



FIN

Commenter cet article

Esme 25/07/2008 14:22

Et oui je te lis et depuis un moment meme, mais la j'ai decidé de sortir de l'ombre! ;-)))

Spike 25/07/2008 12:25

@ Miss Mag: merci! Je vais te dire un truc: je ne suis pas douée pour faire des calculs mathématiques ou de la physique cantique (la physique cantique tu sais c'est quand tu chantes de jolis chants en même temps que tu fais des expériences détonnantes...)
Et je ne sais pas faire de salto arrière, ni de roller. A mon grand désespoir...

@ Reine: 17 ans ça commence à faire du petit chat tout vieux dis moi... tu m'étonnes que tu devais y être attachée... et depuis quand on a pas le droit d'être triste pour un animal qu'on aimait? Les animaux valent parfois bien plus que des êtres humains, alors tu sais, tu n'as pas à te justifier... et ce n'était pas qu'"un" chat, c'était "ton" chat. Voilà...
Des bises...

@ Esme: je ne savais pas que tu me lisais toi, ça me fait drôlement plaisir!Merci merci

Esme 25/07/2008 10:42

j'attendais la fin pour tout lire d'un coup, ce que j'ai fait hier soir!
donc je ne sais quoi te dire à part, c'est beau, merci!!!
a bientot

Reine 24/07/2008 20:05

je n'ai qu'une chose à dire et c'est merci.
hier, j'ai perdu un être cher: mon chat avec qui je vivais depuis 17 ans. je sais ce n'était qu'un animal et non pas un être humain. je sais que certains ne comprennent pas mon chagrin. Je m'en branle. Ce dernier chapitre m'a beaucoup aidé, indépendament de toute l'histoire qui comme je te l'ai déjà dis est très belle et très bien écrite. Alors encore une fois merci.

Miss Mag 24/07/2008 19:01

Superbe histoire.
Y-a-t'il une chose pour laquelle tu n'es pas douée ?
Parce que là ça commence à devenir frustrant !