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Real Life (ou peut-être pas)

Dimanche 31 mai 2009
     Il y a 8 jours, je mettais ici même un sondage dont voici les résultats:




     Vous êtes une majorité à avoir pensé que j'allais encore faire une parodie de blog: vous êtes vraiment rien qu'une bande de brigands, vous savez?

Rien que par esprit de contradiction, en fait, il n'y aura pas de parodie de blog, voilà.
(même si j'avoue, j'en avais une de pratiquement prête...)

La vérité c'est que j'ai beaucoup la flemme ces derniers temps, c'est normal j'ai dû annoncer à Séb que j'étais enceinte de jumeaux, et ça n'a pas été une chose facile...

     "SEEEEEEEEB!!!!!!!!!!!! j'ai gueulé depuis l'autre bout de l'appart pendant que je me faisais les ongles, J'AVAIS COMPLÈTEMENT OUBLIÉ DE TE DIRE QU'ON ALLAIT AVOIR UNE PAIRE DE JUMEAUX DIS DONC!!!!!!"

Il a répondu en criant lui aussi (de l'autre bout de l'appart également, oui chez nous c'est tellement grand, qu'on crie, on s'envoie des mails, des SMS ou on se téléphone quand on a un truc à se dire, tellement on la flemme de se déplacer)

     "RHO MAIS MERDE TU FAIS CHIER CONNASSE! Qu'est ce qu'on va bien pouvoir en faire????
- Je sais pas?!? Au pire on pourra toujours les congeler quand on en aura marre et les décongeler quand on voudra jouer avec????..."
(et si vraiment j'en veux plus, en dernier recours, j'en donne un à Vanessa et un autre à Sonia pour qu'il joue avec Maya)

Ensuite j'ai fini de me manucurer les ongles et lui est allé sur la terrasse fumer des cigarettes en compagne de son ordinateur.

Au bout de 24 minutes, il me dit:
    
"HEY, VIENS VOIR CE QUE J'AI ACHETÉ  SUR EBAY!!!!!!!"

J'accourus en courant, tel un dahut faisant des bonds lorsqu'il descend la montagne à cheval, ohé ohé.

     "T'as acheté une poussette double? Des couffins? tu cherches des prénoms pour nos enfants?
TU M'AS TROUVÉ UNE ROBE MAJE COLLECTOR?????
Mais c'est QUOI cette bagnole pourrie???????


- C'est pas une bagnole pourrie c'est une Ford Mustang de 1968, tu te rends compte qu'elle est plus vieille que nous alors respect, et dans 1 mois elle sera mienne, ô oui elle sera mienne.
Je voulais acheter une Gran Torino, rapport au fait que nos enfants s'appelleront Starsky & Hutch, mais comme y'en avait plus, j'ai pris une Mustang.
T'as quand même pas cru que j'allais acheter une XSARA PICASSO comme tous les beaufs j'espère???..
- Mais... c'est pas très pratique comme voiture familiale?...
- C'est pas une voiture familiale: c'est juste une voiture pour que je m'amuse avec. Nuance.
- Et tu vas passer à "Pimp My Ride" ou pas?
- Nan, je vais la pimper tout seul.
- Tu vas donc peindre des flammes, installer des écrans de 12 pouces, des jantes de 18, une sono de 3000 Watts et un distributeur de noix de cajou TOUT SEUL?
- Ouais.
- ...
- Bon par contre, je te préviens tout de suite, comme je vais justement faire de la retape tout seul, ça risque de me prendre du temps... du coup, je serai pas très dispo pour les jumeaux... tout ça...
Je pense que j'aurai terminé quand ils auront environ 4 ans (c'est à dire quand il sauront marcher, parler et surtout qu'ils ne porteront plus de couches).
- Et je fais quoi pendant que t'es en train de réparer ta Mustang?
- Ben chaipa, ce que tu veux. T'as qu'à ouvrir un "blog de Maman": tu sais, les blogs chiants où ça parle de biberons, de couches, de dents, de bronchiolites et où tout le monde s'extasie devant des photos de bébés moches...
- Comme tu as raison! Quelle excellente idée!
NON MAIS SANS BLAGUE TU M'AS PRIS POUR QUOI ESPÈCE DE POURRI?"

     Voilà.
Depuis 15 jours, Séb est comme un dingue parce que sa voiture va arriver du finfond de l'Idaho jusque devant la fenêtre du salon. Tous les matins, il court à la fenêtre pour vérifier si par hasard, on l'aurait pas déposée pendant la nuit.

Et moi je mange des sushis aux fraises.
En préparant mes vacances.

Tiens d'ailleurs, vivement les vacances. Cette année ce sera le Kerala.

Lalala.


Par Spike
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Lundi 6 avril 2009

     J'ai relu toutes les lettres de Thomas attentivement, et ce faisant, des épisodes de ma vie d'il y a 10 ans refaisaient surface: à travers les questions qu'il me posait et les réponses qu'il faisait, ce que je lui avais écrit me revenait peu à peu.
J'ai compris pourquoi je n'avais sans doute jamais relu ces lettres: j'y revoyais sans doute trop fort ma vie de paumée, le mec nase dont je partageais la vie, mes angoisses , mes casseroles et mes peines de l'époque. Je parlais à Thomas de tout ce qui faisait ma vie à ce moment là... avec du recul, je me dis que je ne devais vraiment pas être la "pen-pal" idéale... mais il m'a toujours écrit de longues lettres très gentilles, sans jamais me juger ou quoi que ce soit.
Etrange comme ses lettres pouvaient me réconforter à ce moment là, étrange aussi que ce soit lui qui puisse me dire des mots justes, alors que ce que ma vie était tout de même mille fois moins pire que la sienne.

    Thomas Anthony Wyatt, né le 6 janvier 1964, était incarcéré dans une prison de Caroline du sud en  1991. Condamné à mort pour vol à main armé et meurtre, il était depuis tout ce temps là dans les couloirs de la mort.
En 1999, lui et 4 autres prisonniers furent transférés à la prison de Starke, en Floride, c'est dans cette prison que je lui adressais mes lettres.
Une mère bi-polaire, un père violent qu'il ne voyait plus, un petit frère tué dans l'incendie de son mobil-home, Pour lui, la vie s'est arrêtée à 24 ans.
Une cellule de 1,80m. sur 2,70m. l'interdiction d'avoir des promenades communes avec les autres détenus depuis 1 an au moment où il m'écrivait, et des sorties dans une petite cour, toujours seul. Pas de télé, pas de radio, peu de contact avec sa famille.

Voilà.
C'est tout ce que je savais concernant sa vie carcérale, il ne m'a jamais parlé d'autre chose à ce sujet. J'imagine qu'il y aurait eu beaucoup à dire, mais étrangement, nous nous comportions comme si nous étions des correspondants "normaux", à la seule différence qu'il était enfermé à vie et pas moi.

     L'autre jour, après avoir relu toutes ses lettres, j'ai donc enfin cherché pour la première fois à en savoir plus sur lui. Persuadée qu'il avait été exécuté, j'ai tout de même voulu vérifier, et voici ce que j'ai trouvé en cherchant dans Google "Thomas Anthony Wyatt death row Florida".

Je suis d'abord tombée sur cette page.
Lorsque j'ai vu la photo, je ne l'ai bien sûr pas reconnu: rien à voir avec celle qu'il m'avait envoyée il y a 10 ans, (voir la photo dans mon 1er post) quel changement!
Je l'ai uniquement reconnu... à cause de son nez, qui a une forme particulière: pas de doute, c'était obligatoirement lui.
Ensuite j'ai lu les faits décrits... les lieux et les dates concordaient avec ce qu'il m'avait dit.
Je suis aussi tombée sur plusieurs rapports et procès verbaux (au passage, j'étais très étonnée de voir que ce genre de documents était disponible sur internet) qui détaillaient les crimes pour lesquels il était accusé, son contexte familial (bien glauque), son histoire. Tout est là.

J'avoue que ça m'a fait un léger choc car je ne m'attendais pas à autant de choses: déjà en prison en 1988, il s'en est évadé, puis fut repris en 1991 pour vols divers, braquages, 1 viol et 3 meurtres.
Rien que ça.

     "Tu te rends compte que t'as correspondu avec un dangereux malade? m'a dit Séb. T'auras l'air bien s'il s'évade de prison façon Mickael Scofield et qu'il te retrouve pour te faire la peau! Je te rappelle qu'il a ton adresse!"

Ha oui tiens. C'est vrai.
Cela dit, ça ne m'a jamais posé de problème, parce que d'une part, je ne savais pas tout cela il y a 10 ans, d'autre part, je me doutais bien qu'en correspondant avec des prisonniers incarcérés dans des prisons de haute sécurité aux Etats Unis, je n'allais pas avoir affaire à des enfants de choeur.

Une correspondance de ce type ne peut avoir lieu que si celui qui est dehors ne juge pas l'autre: neutre, je ne connaissais pas le cas de Thomas Wyatt et je n'ai jamais jugé ce qu'il avait pu faire. Même encore maintenant, après tout ce que j'ai lu, mon opinion sur lui reste neutre, même si l'on est forcé de reconnaître que ce qu'il a fait... merde, ça craint quoi.

     "Sûrement parce que tu n'as pas de coeur!" vont dire certains.

Sûrement plutôt parce que je n'ai aucun lien avec les victimes et que dans ce cas précis, si j'avais fait preuve de la moindre empathie, je n'aurais jamais envoyé une seule lettre à Thomas Wyatt.
Dans le cas présent, je n'étais pas une proche des victimes, aucun média en France n'a relaté l'affaire, il n'y avait donc aucun élément qui puisse toucher de près ou de loin mon émotivité.
C'est certainement, c'est la seule raison qui a fait que nous ayons pu nous écrire de la sorte.

En 2000, Thomas Wyatt avait déjà passé 12 ans derrière les barreaux, je suppose qu'il était bien différent de ce qu'il était à 24 ans.
L'attente moyenne dans les couloirs de la mort est de 8 à 10 ans... En faisant une recherche à son nom sur le site internet de la prison de Starke en Floride, j'ai constaté qu'il était toujours là bas: comment est-il possible qu'un homme soit pendant plus de 20 ans dans les couloirs de la mort?
L'Etat qui permet ce genre de chose est à mon sens pire que les criminels qu'il juge.

Certains diront que je n'ai approché qu'une facette de Thomas Wyatt, celle qu'il a bien voulu me montrer à travers ses lettres, ce qui me rend aveugle et naïve vis à vis de lui... mais meurtrier ou non, qui n'agit pas de cette façon? Avec internet, forums, blogs etc... il est encore plus facile de jouer à ne montrer qu'une facette de soi.

     Le week-end dernier, j'ai repris mon papier à lettre, choisi quelques photos, et je lui ai écrit une lettre de 8 pages, comme avant. Je ne sais pas s'il se souvient de moi, s'il aura cette lettre, et s'il me répondra.

Et oui, j'écris à un criminel et je n'ai même pas d'état d'âme à le faire. So what?

     Egoïstement, je dirai que cette correspondance m'a beaucoup apportée. Peu importe ce dont il était coupable. A ses yeux, je faisais peut-être parti des seules personnes qui jamais ne l'ont jugé, et en ce sens, j'espère juste avoir pu lui apporter quelque chose à un moment de sa vie, de la même façon qu'il a su apporter quelque chose à la mienne.

Par Spike
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Lundi 6 avril 2009

    J’ai toujours aimé écrire des lettres aux gens.
Avant l'ère des emails, j’écrivais des lettres à tout le monde, de longues lettres que je mettais du temps à écrire, à personnaliser, à décorer… aujourd’hui, j’écris et je reçois aussi beaucoup moins de vraies lettres, parce que tout va plus vite par mail, mais j’ai gardé les correspondances que j’ai eues avec amis, famille, dans des boites, rangées. Parfois, il m’arrive de relire certaines de ces lettres, mais c’est rare.
Ça fait un drôle d'effet d’ouvrir des épisodes du passé.


     Deux fois, j’ai eu une correspondance suivie avec des gens que je ne connaissais pas du tout, des personnes que je savais que je ne rencontrerais jamais: la première fois, que j’ai eu un correspondant, j’étais au collège et c’était avec un Zairois de Kinshasa qui s’appelait Bakal-Gédéon.
La deuxième fois, c’était entre 2000 et 2001, et  mon correspondant était un prisonnier des couloirs de la mort en Floride, qui s’appelait Thomas.



    J’ai commencé à lui écrire en octobre 2000, après avoir lu un article qui parlait des prisonniers des couloirs  de la mort aux USA. Dans l’article de ce journal, était mentionné un site où l’on pouvait écrire à des prisonniers.
Non, ce n’était pas une espèce de «Meetic» pour taulards, mais juste une façon de correspondre avec des hommes qui n’ont que très peu de contact avec l’extérieur.

Je suis entièrement opposée à  la peine de mort, même «dans certains cas ».
Quels cas? Rétablir la peine de mort oui, mais uniquement pour les chanteurs illettrés? comme disait Pierre Desproges. Je me permets dans ce cas d’ajouter aussi à la liste, les escrocs qui se font passer pour des écrivains et l’inventeur du faux Nutella.
A ce rythme là, on n’a pas fini de se marrer…


Bref… chacun ses raisons et je ne souhaite pas faire un débat Jean-Luc Delarussien sur «la peine de mort, pour ou contre?» (avec d’un côté les hommes de cro-magnon partisans d’un état assassin et de l’autre, les autres), car ce n’est pas le sujet.
Et c’est pas la peine de gueuler dans les coms les Cro-Magnon, vous faites chier on est pas au Texas bordel!

     J’ai envoyé une lettre à un prisonnier qui s’appelait Clarence Richard, mais j’ai reçu la réponse d’un certain Thomas.

    «Tu dois trouver bizarre que ce ne soit pas Clarence Richard qui t’écrive, mais il entretient depuis peu une relation avec une fille qui est très jalouse, c’est pourquoi il a préféré me donner ta lettre afin que je devienne ton correspondant si tu veux bien. »

Thomas et moi nous sommes écrits régulièrement pendant plus d’un an, il m’a raconté très peu de choses sur les raisons qui l’ont amenées à être en prison, si ce n’est qu’il se trouvait là pour vol et meurtre, mais qu’il n’avait pas commis le crime pour lesquels il était accusé.
Coupable ou pas, la vérité m’importait peu pour tout dire : je n’étais pas là pour le juger, pour lui faire la morale, j’étais simplement là pour échanger une correspondance avec lui. Pendant tout ce temps là, je n’ai jamais eu la curiosité de savoir si oui ou non, il était coupable en vrai, de toute façon, ça n’aurait rien changé.

     Nous nous écrivions de longues lettres où nous parlions de nos vies, de nos familles, de ce que nous aimions. Il me parlait beaucoup de Renée, sa fille de 12 ans qu'il voyait très peu, sa famille était de Caroline du Nord, et il avait été transféré en Floride en 1991.
Ses lettres étaient sympathiques, quelquefois drôles aussi; j’avais du mal à me dire que j’écrivais à quelqu’un qui était privé de liberté à vie en attendant son injection léthale… un jour. Lui-même ne connaissait pas la date de son exécution.

Il était dans les couloirs de la mort depuis 1991, soit 10 ans. En 2001, il avait 36 ans.

Et puis un jour, je ne me rappelle plus pour quelle raison, notre correspondance a cessé. Au bout d’un an et demi et d’une quinzaine de lettres, nous ne nous sommes plus jamais donné de nouvelles.
Je suis incapable de donner une raison à ça. J'ai complètement oublié.

J'avais oublié ces lettres, j'avais oublié Thomas depuis presque 9 ans, je ne sais même pas comment une telle chose est possible.

     Il y a 2 semaines, en rouvrant la boite qui contenait toutes mes lettres depuis que je vis à Paris, j'ai retrouvé, au fond, le paquet de toutes celles qu'il m'avait envoyées, classées dans l'ordre, attachées avec une pince.
Je me suis demandée ce qu'il était devenu, depuis toutes ces années, il a dû être exécuté, c'est sûr, me suis-je dit... j'ai relu attentivement toutes ses lettres une par une, puis j'ai fait des recherches sur Internet à son sujet.
La relecture de ses lettres, ce que j'ai trouvé à son sujet sur le we
b... tout ça m'a vraiment remuée.


à suivre...

Par Spike
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