Chapitre 15 - Espérances

Publié le par Spike

    Il y eu d’autres séjours à l’hôpital, mais la majorité du temps, Tao restait à la maison. Au début, il avait essayé de retourner travailler à l’hôpital, mais sa fatigue était telle qu’il dût rapidement s’arrêter.
Les traitements commencèrent... douloureux... radiothérapie, puis chimiothérapie, inévitablement.
Un après-midi en Kim-Yên passa voir ses parents, elle ne les avait pas vus depuis une semaine. Elle vit avec stupeur que son père avait perdu tous ses cheveux.

    « Tu ne trouves pas que je ressemble à un bonze comme ça ? » lui demanda Tao en riant.
- ça fait drôle... mais on va s’habituer... Et puis ils vont repousser dès que tu arrêteras le traitement. »

    La vie continuait, mais tous, dans la famille, avaient conscience de cette épée de Damoclès qui se trouvait au dessus de leur tête même s’ils n’en parlaient pas tout le temps parce que c’était trop difficile.
Tao maigrissait beaucoup, perdait des forces, et n’avait plus d’appétit : il se «nourrissait» des odeurs de la cuisine d’Anna qu’il adorait, mais qu’il ne pouvait plus manger.
Il restait au lit une grande partie de la journée, lisait beaucoup, écrivait quand il le pouvait.
La maladie le rongeait peu à peu et la violence des traitements était souvent insoutenable.
Au plus fort de la douleur, Tao pensait à sa maladie comme une sorte de punition:

    « Que faut-il que j’aie fait pour mériter ça ? » se demandait-il parfois.

    Les enfants refusaient d’entendre le mot « MORT », et Anna quant à elle vivait dans une sorte d’urgence permanente, voulant profiter de chaque moment, ne sachant pas combien de temps cela allait-il durer. Et puis, parce qu’il fallait bien en parler à un moment ou un autre, Tao lui parla:

    « Quand je mourrai, je souhaite être incinéré, mais je voudrais que tu fasses quelque chose pour moi  ensuite : j’ai fait ma vie en France, avec toi. Je n’ai jamais regretté d’avoir fondé ma famille ici, mais je regretterai toujours de ne pas être retourné au Vietnam avec toi pour y passer nos vieux jours, comme nous nous l’avions prévu tous les deux, quand les enfants n’auraient plus besoin de nous...
J’aimerais que tu enterres une partie de mes cendres dans le village de tes parents, là où nous nous sommes mariés... le reste, je voudrais que tu l’emmènes au Vietnam, la prochaine fois que tu y retourneras et que tu y emmèneras les enfants.
J’ai écrit à Xuan, il est au courant, et il m’a dit qu’il organiserait une cérémonie le jour où tu viendrais là bas...»

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    Noël arriva, Tao allait un peu mieux, il semblait que la chimiothérapie fonctionnait. Il parlait d’une éventuelle opération qui pourrait peut-être le guérir, mais rien n’était encore sûr.
Ce soir là, Tao parla à ses 3 enfants réunis :

    « Je sais que c’est difficile pour vous, ça l’est aussi pour moi, mais si je me bats contre cette maladie, c’est pour vous. Parce que je ne veux pas vous laisser, parce que vous comptez tous plus que tout pour moi...»

    Les enfants n’avaient jamais entendu leur père se plaindre, mais Anna leur avait expliqué à quel point les traitements étaient physiquement extrêmement douloureux. Tous avaient conscience que Tao s’infligeait cela uniquement par amour pour eux, pour retarder le plus possible l’échéance. La même question était dans les esprits de tous :
    « Et le jour où la douleur sera trop forte, où il n’aura plus de courage, d’endurance, quand ce jour arrivera, est ce qu’il saura le dire ? »

    Début juillet 1998, Tao et Anna allèrent voir le professeur qui le suivait depuis le début pour une consultation habituelle. Kim Yên voulut les accompagner pour entendre elle même ce qu’il dirait à son père.

    « D’après les derniers examens, dit il, on a découvert des métastases sur le foie... Je suis désolé. Ce serait peut-être mieux que vous soyez hospitalisé dès maintenant pour quelques jours. »

Tao savait ce que cela signifiait, ainsi qu’Anna puisqu’il lui avait expliqué. Kim Yên, elle, ne savait pas, et voulut qu’on lui dise ce qu’il avait voulu dire exactement.
Le professeur regarda Tao et lui dit :

    « Docteur... vous préférez peut-être expliquer vous même à votre fille ? »

Tao acquiesça et essaya de trouver les mots pour parler à sa fille :

    « Ecoute... Tout aurait peut-être pu bien se passer... mais si des métastases se sont développées sur le foie, alors je ne peux pas être opéré. Si je ne peux pas être opéré... alors normalement c’est une question de mois. Peut-être de semaines... »

    Kim Yên qui s’était refusée depuis plus d’un an à compter les jours eut l’impression qu’une masse énorme lui tombait sur le coeur. Elle réalisa très soudainement que ce qu’elle s’était refusé à affronter depuis le début était là, tout proche. Peut-être même bien plus proche que ce qu’elle ne pensait. Et pourtant, elle n’arrivait pas à imaginer ce jour.
Le soir, elle appela son père et fondit en larmes. En fait, elle n’arrivait pas à parler, et s’en voulait tellement de pleurer alors que c’était son rôle maintenant d’être forte devant lui.
Malgré la fatigue qui le terrassait, Tao lui parla longuement, calmement. Quand elle réussit à se calmer, il était tard, mais il put s’endormir en se disant qu’elle devait être un peu apaisée maintenant.

    Cette nuit là, Tao se réveilla. Il mit quelques secondes avant de réaliser qu’il se trouvait dans une chambre d’hôpital. Il repensa à la conversation qu’il avait eue avec sa fille quelques heures auparavant, et pleura.

    Le lendemain, Kim Yên passa à voir son père à l’hôpital. Ce dernier était surpris de la voir, mais elle lui annonça qu’elle devait partir quelques jours sur Paris, d’où la raison de sa visite auparavant.
Elle s’assit sur le lit et dit à son père :

    « Tu sais ce qui me rends le plus triste ? C’est que depuis que je suis petite, tu nous parles de ton pays, que tu nous avais promis de nous y emmener, et que finalement, jamais nous n’irons ensemble...
- Je sais bien... J’ai heureusement eut l’occasion d’y retourner et d’y emmener votre mère... crois moi, une de mes grandes peines est de ne pas avoir pu tenir mes promesses, mais tu iras un jour, je le sais... tu iras.
- Il y a d’autres choses auxquelles tu penses parfois ?
- Oui... je regrette aussi de partir et de me dire que jamais je ne connaîtrai mes petits-enfants... j’aurais tellement voulu...
Je sais que ce sera encore plus dur pour vous, car je vous laisse. Je te promets que j’ai fait tout ce que j’ai pu pour me battre, mais peut-être que finalement, je pourrai encore tenir jusqu’au prochain Noël, qui sait ?
- Mais ça te fait trop mal... c’est inhumain de s’infliger des douleurs pareilles...
- Je veux juste rester avec vous le plus longtemps possible...
Dans la religion bouddhiste, il y a cette phrase qui dit que « la vie et la mort ne sont qu’une seule et même chose ». Ce n'est pas la mort qui me fait peur à présent, mais la peur de laisser ceux que j’aime, et c’est ça qui est le plus difficile à accepter, bien plus que la mort elle même... »

    Ils parlèrent une heure durant, puis voyant que son père commençait à être très fatigué, Kim Yên le laissa se reposer. Elle se sentait mieux d’être venue discuter avec lui, plus calme et plus apaisée aussi.
Elle se leva, embrassa son père et lui dit:

    « Je reviens la semaine prochaine, on se voit à la maison alors.
- Oui, on se voit à la maison. Je pense que ça ira mieux, je vais sortir après-demain. »
 
    Au moment où elle allait ouvrir la porte, elle se retourna pour lui faire un signe de la main et lui sourit. Tao lui sourit aussi et ses derniers mots pour elle furent les suivants :

    « Je t’aime très fort ma fille. »

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Vanessa ne se plaint pas 22/07/2008 16:52

Et ben ma cousine et moi, on suivait les "prime" cette année là, et on pariait sur si il allait mourir en direct ou pas.

Voilà.

Nath_Pokanel 22/07/2008 14:52

Putain mais t'as raison Spike !!
je file chez Petit Bateau (j'en ai qu'un, ça craint !!)

valerie 22/07/2008 14:47

moi je pensais qu'il avait été élu pour qu'il meure plus vite (genre d'émotion).
tiens là je suis gore.
je vais donc me taire.

Spike 22/07/2008 14:26

@ Vanessa: écoute, t'aurais à la limite parlé fait une vanne sur Herbert Léonard: ok. Mais Gregory Lemarchal... enfin merde quoi Gregory Lemarchal! Total respect pour le seul gagnant de la télé réalité qui a été élu par les gens juste parce qu'il allait mourir!

@ Nath: 150€? Je pense que tu peux encore faire monter les enchères, ce tee shirt est collector: pense à toutes les brosses à dents, tous les dentifrices, les livres et les stylos que tu pourras acheter aux petits enfants de Malgachie quand tu auras vendu 3 tee shirts!

Nath_Pokanel 22/07/2008 13:58

J'ai honte de le dire après un si beau texte mais...

je vends le débardeur petit bateau noir taille 18ans que je portais hier soir, 150 euros, il est imprégné de mon parfum Burberry et de tes effluves de clopes Spike, affaire à saisir, y'en aura pas pour toute le monde et vous viendrez pas pleurer après la vente !!!